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Monkey'z (h)K v.2.0

Bienvenue sur ce blog (hypo)khâgneux ! Vous y trouverez des Gaffiot, des Bailly, des références à Jean Pierre Richard, de la souffrance intellectuelle, de la procrastination [...] et surtout, des Khâgneux. "Des khâgneux hyperboliques, de beaux khâgneux" (le K.)





31 mai 2008

Les aventures extraordinaires de Baptistophon et Yaniclès…


II. Des crocodiles, des courtisanes et de l’Alternative


[Après avoir pérégriné sur la place publique toute la matinée, Baptistophon et Yaniclès se mirent en route vers le palais de celui dont le nom bruissait partout : Patricus Koppus Alternativus, mystérieux maître de la science koppistique. L’édifice qui lui servait d’académie, gigantesque, narguait les collines Romaines. Vers midi, enfin, ils arrivèrent en vue du fronton du temple de l’Alternative…]



Les deux silhouettes de nos amicos progressaient maintenant dans l’immense allée centrale jalonnée d’imposantes colonnes en marbre de Salonique. De grandes salles décorées avec une emphase croissante s’ouvraient de part et d’autre. Baptistophon aperçut dans l’une d’elle une cage en or massif où deux crocodiles se disputaient des morceaux de chair sanguinolents. Dans une autre, Yaniclès vit des dizaines de femmes parmi les plus belles de Rome, se prélassant sur des coussins de soie au bord d’un bassin en platine. Ils parvinrent au bout de l’allée ; une ouverture dans le toit (velux, ucis) permettait de voir le coton du ciel nuageux qui tourbillonnait. Tout au centre et dominant la pièce, un trône tout confort perché sur une estrade. De chaque côté, deux fauves, pareils à des statues de pierre, se tenaient assis enchaînés par le cou. La toge rose fit irruption. Nos deux compagnons s’inclinèrent, les fauves excités rugissaient. « OU BIEN ! OU BIEN ! SILENCE ! ». Gravé sur le socle du trône, on distinguait l’inscription suivante : « Deus sive Natura sive quodcumque vultis ». (Dieu ou la Nature ou bien Ce Que Vous Voulez). Alors, ce fut une nouvelle aurore, le soleil trancha subitement le ciel. Un souffle divin semblait balayer la masse nuageuse qui se dissipait ; les rayons solaires, s’infiltrant par la brèche dans le toit du palais, convergèrent tous vers le trône et l’illuminèrent.

Fracassant le silence, les plis de la toge du maître s’embrassaient dans une sorte de froissement originel. Un rose si éclatant semblait outrager l’astre Soleil. Et puis, la voix du maître s’éleva : « je suis Patrickus Koppus Alternativus ou bien Maître de la science koppistique ou bien Qui vous voulez. Quels augures vous amènent en ce lieu sacré, en ce temps sacré ? ».

« A vrai dire, répondit Yaniclès, la rumeur de votre nom et de vos préceptes hante le forum depuis de longs jours. Nous venons donc en disciples à la source de votre science alternative, car c’est bien comme cela qu’on la nomme, n’est ce pas ? ». Le maître gagna le trône, les nuages fermèrent le ciel sur le soleil. Il considéra nos deux amis, debout face à lui mais minuscules dans le prolongement de l’immensité de cette allée. Il ne disait mot. Ses bras entamèrent une étrange danse, la main se tendant tantôt dans une direction, tantôt l’autre main dans un autre sens. Ces gestes amples rappelaient ceux d’un mime. Et toujours pesait un silence digne du forum un dimanche.

Baptistophon rompit la danse d’Alternativus : « dites moi, ô maître de la koppistique ou bien ce que vous voulez, vous avez quelque chose à manger ou bien à grignoter, je sais pas, de la terrine de… ». De manière à peine dissimulée, Yaniclès lança son coude dans les reins de son ami pour le faire taire. Totalement absorbé, le maître s’excitait, ouvrant les bras, bombant le torse. Sa tête tremblait légèrement, les yeux fermés et tournés vers le ciel, comme s’il attendait l’impact de la foudre de Jupiter. Et il attendait. Et rien ne se passait. Un temps. L’estomac de Baptistophon tonna mais dans le ciel, toujours rien ne se passait. Alternativus quitta brusquement sa posture mystique. « Allez voir dans les cuisines, vous m’êtes bien sympathiques mes amis ; peut-être pourriez vous devenir mes disciples mais avant tout il y a un formulaire à remplir. Vous le trouverez au bureau des inscriptions, à côté de la salle d’eau avec les femmes… ». Et Yaniclès interloqué de dire : « elles sont à vous ces femmes, non parce que… ». Ce fut au tour de Baptistophon de lui décocher un coup de coude.


[à suivre]


[ I. Un homme de talent, son ami dorien et des points de suspension ]

26 mai 2008

Khûber.


C’est l’heure de se poser la question fatidique, c’est enfin l’heure de s’engouffrer dans une période de profond doute ontologique. Ne me demandez pas pourquoi j’évoque le terme « ontologie », c’est juste que je l’aime beaucoup. Placez-le dans n’importe quelle conversation, des yeux ou bien dubitatifs ou bien hostiles vous transperceront ; mais c’est parfois tellement agréable d’être considéré comme une étrange bestiole venue des confins de l’univers. La planète Khâgne 2008 par exemple. Mais revenons à nos moutons, ou plutôt, à nos khûbes. Car l’heure est grave. Il va falloir choisir : To khûbe or not to be. Khûber ou ne pas être. Quand je disais que l’heure était grave…

« Je khûbe ».

Voilà un titre d’article qui aurait fait sensation et qui n’aurait pas manqué de piquer les esprits des (hypo)khâgneux et de tous ceux qui savent ce qu’impliquent une année de khûbing. Ou bien de khûbage. « Alors là, vous allez me dire » (pour rendre hommage aux termes qui ont scandé notre année de philosophie) est-il vraiment décidé à khûber, enfin, à khûber ontologiquement ? Et pour répondre précisément à cette question qui vous tourmente, chers lecteurs, je m’empresse d’exposer toutes les bonnes raisons qui pousseraient UN khâgneux à khûber ontologiquement.

Première bonne raison, et pas des moindres, on peut rater le concours de l’ENS une deuxième fois. Mais en théorie on peut aussi l’avoir, c’est vrai.

Deuxième excellente raison, et comme j’avais pu l’exposer dans un précédent article, on peut continuer à dire qu’on est actuellement en Khâgne au lieu de conjuguer dès à présent le verbe être en khâgne à l’imparfait duratif. Ou plutôt ici à l’imparfait digestif : il va falloir accepter d’avoir été en khâgne et de ne plus y être.

Signer pour un surcroît de Khâgne permet, en outre, de ne toujours pas se spécialiser et de continuer à ne pas perfectionner les options qu’on a déjà à moitié délaissées au cours des deux premières années.


Quatrième bonne raison, continuer à jouir d’un rythme de vie inédit en France, où l’organisme humain régule la circulation de 5 antibiotiques différents tout en collectionnant des maladies rares et sournoises.

Dernière bonne raison, on pourrait en trouver mille autres mais il faut savoir s’arrêter (n’est-ce pas ?), khûber permet au khâgneux de faire plaisir à ses professeurs. Des professeurs tout à fait objectifs, la plupart du temps, et qui laissent une totale liberté de choix au khâgneux indécis ou résolu à s’arrêter alors qu’il en est encore temps : « NE PAS KHUBER serait la plus grande ERREUR de votre vie ». (Propos rapportés par une khâgneuse anonyme de la khâgne vers… d’une khâgne inconnue… que je salue au passage !). J’ai pu entendre aussi : « n’allez pas en Fac, ne donnez pas de confiture aux cochons », qui ferait un très bon slogan pour une pub de prévention contre ce fléau, ce problème de santé publique qu’est l’université.

Comme vous pouvez le constater, il n’y aurait donc que des bonnes raisons pour signer une troisième année dans cet enfer doré.

Toutefois, les paroles les plus sages que j’ai pu entendre sont celles de ma prof’ de latin d’hK : « si vous avez une chance au concours, il serait dommage de ne pas khûber. Ce concours se prépare sur trois ans ! ». Je me rappelle aussi du discours de notre sémillant prof d’anglais : « quand on khûbe, il faut vraiment savoir ce que l’on fait. ». Je n’oublie pas non plus qu’après ces mots, il a évoqué sans transition les suicides de plusieurs anciens khâgneux convertis au khûbing. Parmi eux, un optionnaire philo ; pas étonnant.

Oui, il faut vraiment savoir ce que l’on fait si l’on khûbe. Etre pénétré d’éléments de l’Idée du Khûbe idéal. Je ne pense pas que cette solution soit profitable à l’optionnaire de Lettres Classiques que je suis, qui a immensément besoin de se consacrer à ses matières. La prépa m’a donné beaucoup et peut-être n’a-t-elle plus rien à m’offrir. Une grande période s’achève et je veux qu’elle s’achève maintenant. Ne pas prolonger le contrat uniquement pour le prolonger. Ces deux années de classe préparatoire ne sont jamais qu’un tremplin.

J’ai pris mon élan, d’autres horizons s’ouvrent, ici ou ailleurs. Et la route est encore longue.


Je ne serai sans doute pas khûbe. Mais je serai, ontologiquement, ailleurs. Vers de nouvelles aventures…










25 mai 2008

Tropiques




Le concours est terminé. Bouclé. Achevé. Pesé. Et nous voilà bientôt au seuil de Juin, dernier mois d’une Khâgne rendue méconnaissable : plus d’impératifs, plus de DS, plus de polycopiés, on a peine à y croire. Que va-t-on faire de tout ce temps libre ? L’ordre du monde ou bien Logos ou bien Ce que vous voulez est-il menacé ? On quittera l’internat le 16 juin, définitivement. Le temps de la khâgne s’arrêtera à ce moment, pas avant, surtout pas après.

Quelques mots griffonnés, au sortir d’une épreuve : Atmosphère moite, horizon fermé, les mains poisseuses sentent la barre énergétique dégoupillée à la hâte. Aucun soupir, résignation totale, l’encre tombe à verse sur les copies concours à petits carreaux, que je trouve vraiment inconfortables. Un nuage crève et les idées crépitent sur la jungle luxuriante des brouillons. Où est le bon filon, la veine de l’inspiration originale ? Sueurs. […]

J’ai lisais d’anciens articles de ce blog à Baptiste, nonchalamment étendu sur son lit. Une chose m’a frappé : le style. Les phrases d’il y a un an étaient amples, gonflées par une plume rêveuse qui se laisse emporter, soignées par des mots fleuris. Le temps de l’hypokhâgne, candide, se pensait infini et comme ces phrases, respirait profondément. Maintenant, les mots rechignent à dilater les paragraphes, le style est économe, austère, moins enthousiaste. Les phrases se sont petit à petit contractées, sèchement. La fatigue ne laissait plus s’envoler leurs mouvements. Les mots aussi, étaient prisonniers de cet enfer doré.



Mais il faudrait parler du concours : le Khônkhours. Dire beaucoup de choses à son sujet, le personnifier. Il n’était pas si méchant que cela, bien que pompeux par moments, parfait dans son rôle d’invité encombrant qui ne veut plus vous quitter ; en plein milieu de l’après midi et toujours à table. Agaçant parfois, parce que trois parties ne sautaient pas aux yeux de façon évidente. Surtout la troisième. Doué d’un certain sens de l’humour, indéniablement, lorsqu’il cachait l’intitulé du sujet de philo, minuscule, au milieu des longues recommandations d’usage : L’égalité.

Les khâgneux n’ont pas éprouvé le concours de façon univoque et je ne veux trahir les impressions de personne. Je dirai donc « je » : je me suis battu. C’est tout ce qui compte. Et pourtant, une terrible piqûre d’humilité endolorit le sentiment d’en avoir fini. Cette aiguille douloureuse ne nous fera certainement pas de mal avant de gagner les bancs de la Fac : deux ans de travail et l’ENS au bout, deux ans de préparation à un combat raffiné et au bout, un massacre à l’arme lourde. Rien n’est acquis, au contraire, nous avons tout à prouver.

Bannir les points d’interrogation et respirer, regarder au loin. Bannir ces phrases qui n’espèrent pas. Dormir, surtout dormir.


Une pensée pour tous ces corps éreintés, ces esprits érodés par les flots de révisions, ces nerfs rabotés par les lames du stress. Khâgneux, vous avez survécu. Ou presque.









17 mai 2008

Le pigeon omineux




Réveil difficile, J-2. Le rêve est tout frais encore. L’ENS occupe donc les pensées du jour et conquiert aussi les images éphémères de la nuit. Il y a cette salle lumineuse, qui contient tous les (hypo)khâgneux de ces deux ans, le sujet de philosophie d’ULM les occupe. Il y a le K., mais pourquoi lui plutôt qu’un autre, sur son perchoir, qui nous harangue tout au long de la composition. « Du style, de la création ! ». C’est un songe en grand angle, dynamique, tantôt une image du K. dominant tous les khâgneux, déformée par la focale, galbée comme un aquarium, tantôt un plan resserré de sa bouche, qui débite les paroles de toujours. Fin de l’épreuve, je lui remets ma copie, il me passe un savon : « G******, c’est mauvais, 58 fautes d’orthographe, 1 par page, où est votre attaque G****** ?! ». Réveil difficile. Jusqu’à maintenant, je n’ai consommé que de l’histoire, pourtant la matière que j’ai le plus travaillé ces deux ans. Avons-nous fait autre chose que de l’histoire ? Mais les polys supplémentaires gavent et dilatent mon classeur déjà trop épais.

Chuck Norris a déjà compté jusqu’à l’infini. Deux fois. En revanche, il n’a jamais maîtrisé le programme d’histoire d’ULM.

Etrange concours en perspective : deux ans de travail, de sacrifices arrachés et plus que jamais, une culpabilité acide infuse les tripes. C’est le temps du « j’aurais dû ». Mais plus rien ne compte maintenant sinon le « je peux ». Je pense à mes amis khâgneux, dans d’autres lycées et à Versailles : pour une fois, on va tous ramer dans la même trière.

Mercredi, l’internat revit et bourgeonne de bons mots. Les amis khâgneux se retrouvent avant la grande messe. Sur le coup des 9h, le Roy investit ses appartements et raconte une aventure qui ne pouvait arriver qu’à lui. Gare de l’EST, 30 minutes le séparent du départ du TGV direction Nancy, il décide de s’asseoir et de mettre à profit ce temps pour ouvrir son cahier d’histoire. C’est alors qu’un pigeon furtif et lourdement armé effectue un tir tactique en plein milieu de son cours. La République de Weimar est touchée en plein cœur (comme si elle n’avait pas déjà assez de soucis…). Un signe du destin ? Un présage omineux ? (comme dirait Julien Gracq, la star du néologisme qui connaît le substantif latin omen, ominis : le présage.)

[…]

Vendredi soir, je suis empêtré dans un état végétatif prononcé. Deux épreuves ont été menées et achevées avec conviction. C’est maintenant clair, le pigeon s’est trompé.













11 mai 2008

Le guide du khûbe intergalactique


Définition : khûbe idéal

Mots clés : khûbe, khûber, troisième année, classe préparatoire, admissibilité, choucroute garnie, dessert roboratif, poêle à frire


Article non contractuel. Toute ressemblance avec des personnes réelles ou fictives serait absolument fortuite. Attention, ceci est la présentation d’une Idée de type platonicienne qui n’est par conséquent présente qu’à titre de déformation dans la « réalité ».

S’il vous plaît, ne faites pas cela chez vous.



Le khûbe authentique ne s’est jamais posé la question : « est-ce que je khûbe ou non ? ». Khûber, pour lui, a toujours été une évidence intellectuelle conjuguée au présent : je khûbe. Lorsqu’il faisait ses premières dents, il savait déjà qu’il signerait 3 ans. Et il signe.

D’où une absence totale de doute : to khûbe or not to be. « Je khûbe, je suis » pensera t-il (car on ne peut dire « Il khûbe, il est », chose qui pétrifierait tout prof’ de philo cartésien). Khûber est donc tout à fait normal puisque ce concours « se prépare sur 3 ans » : les carrés ont donc tort. En somme, le rôle principal du film à grand spectacle Je khûbe mais rassure toi je survivrai moi je ne m’en fais pas est taillé pour lui sur mesure.

Le khûbe n’a aucun sens du sacrifice puisqu’il ignore le mot même de « sacrifice » : khûber, c’est être. Point.

Le khûbe pourra être doué d’un parfait mépris pour la faculté, une horrible institution au moins jusqu’au Master.

Paradoxalement, le khûbe ne croit pas toujours à l’ENS ou du moins ne vise pas absolument l’admission. En somme, khûber permet de continuer à dire « Je suis actuellement en Khâgne » au lieu de « j’étais khâgneux et je le suis toujours un peu », propos généralement tenus (même en substance) par les carrés en voie de réinsertion.

Il est intéressant de noter l’évolution ultime : « l’hyperkhûbe » (terme d’obédience koppistique). Se dit d’une personne qui a suivi un enseignement en classe préparatoire et qui, malgré tout, décide d’y enseigner.

10 mai 2008

Semaine blanche


Mortellement vide, l’internat est défiguré et je regretterais presque l’absence de mon voisin, exilé chez lui pour travailler le français en vue de l’épreuve d’ULM. L’internat, c’est vrai, on y travaille mal : altruiste, Baptiste a décidé de m’offrir de bonnes conditions de travail. Pour une fois donc, un calme bucolique s’est saisi des lieux : pas de football sur le terrain synthétique du couloir, pas de télé qui aimanterait de nombreux spectateurs forts discrets juste de l’autre côté de la cloison en carton, aucun débat enflammé dans le couloir (Saint John Perse, ça sent le sable chaud ou non ?). Même le Roy a temporairement abdiqué, sans renoncer bien sûr à l’idée de réviser. En théorie.

18h30. Apéro chez notre hôte vosgien, au milieu des verres de pastis (savamment dosés par notre ami Thibaud, le susdit vosgien), des toasts de tapenade et des bandes de soleil qui ragaillardissent les esprits mais amollissent les envies de cloisonnement studieux. Et les khâgneux ne s’arrêtent jamais : « qu’est ce qu’une chaise ? » se demande Antoine, à moitié dilué dans le pastis, lorsqu’il s’affale sur le lit moelleux en maudissant les accoudoirs des fauteuils, jugés trop contraignants. Belle occasion pour faire un peu de psychanalyse et inventer le « complexe d’Hercule », un héros « qui court tout le temps et qui ne doit pas s’asseoir souvent ». Vous préférez les canapés molletonnés aux chaises en bois ? Il se pourrait que dans votre enfance…

Voilà qui me rappelle une expérience mystique menée avec Baptiste : la lecture simultanée de deux œuvres différentes de Jean-Pierre Richard (toujours lui), à savoir Littérature et Sensation et Nausée de Céline, empruntant une inflexion de voix qui épouse l’acidité et l’halètement du texte. Les mots des deux œuvres critiques s’entrechoquent et dissonent dans un chaos hallucinatoire, pareil au chant sublime, pathétique, d’un instrument enrayé et maltraité. Une authentique parole prophétique. J’espère que cette incantation n’aura pas ouvert, en quelque recoin du monde, une brèche spatio-temporelle vers quelque mystérieux univers… (sait-on jamais)


Nausée de Céline.

Vendredi matin. J’enfile une combinaison en plastique blanc, un masque de protection, des gants et des bottes en caoutchouc puis je retourne sur la grève pour éponger la marée noire des révisions, le mazout gluant rejeté par la pulsation des vagues, qui recouvre sans cesse le sable fraîchement nettoyé. Il n’y a pas de fin. Les bottes en caoutchouc s’enfoncent dans cette pâte élastique et lourde et se décollent dans une plainte humide, pareille au son d’une bouche qui mastique grossièrement. Chaque pas est un effort, mais… « Faut le faire. »

« La rage », me dit le K., croisé à la volée. Et la volonté ferme de produire des « copies concours » : beaucoup cherchent à mourir dignement sur l’échafaud normalien, au moins dans leurs matières de prédilection. « Ce n’est pas le moment de se dés-intégrer ».

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04 mai 2008

Coin coin



Le soleil, l’air doux et l’habit de printemps des arbres se conjuguent en impression de fin d’année. C’est lundi matin, il fait presque chaud en Lorraine, il fait presque beau en Khâgne. Comme toujours, on est content de se retrouver, comme toujours, on s’étire à l’aube de la première heure de cours, après deux semaines de réparation. Mais tout le monde le sait, nous sommes au crépuscule de cette année. Qui pour ne pas penser : « enfin ! » ? On voudrait attendre la fin de saison tels des légumes douillettement plantés dans notre petit potager, naïfs et verdoyants, mais c’est sans compter sur les retombées nocives/constructives de nos copies de concours blancs. On les aurait presque oubliées. Derniers battements de cœur lors de la distribution quasi-rituelle de nos « œuvres » : alors, réussi ou non ? Oui, on sait, cette version « a fait son office » ! Cette charmante ambiance printanière a trompé notre vigilance, endormi la prudence : maintenant, c’est l’embuscade. Cette année n’est pas finie.

Dans la matinée, le ciel décide de se fermer, comme s’il adhérait à l’humeur générale. Fort heureusement, les généraux mouillent leur chemise et s’efforcent de motiver les troupes, relativisant les prestations en demi-teinte. Le colonel de philosophie dira : « dans 5 ou 6 ans, vous verrez, ce sera au point ! ». Faudrait-il absorber 7 khâgnes pour prétendre convenablement défier l’épreuve de philo d’ULM ?

« Tout sujet d’ULM est un tremplin pour des envols », clame haut et fort le maréchal des logis de la littérature française, juste avant de s’en aller en retraite. Un homme du rang, qui n’est autre que le Roy, ajoute du bout des lèvres : « et surtout pour des plongeons ».

Et puis viennent les cours supplémentaires, qui délivrent des « connaissances clef en main » à des volontaires insatiables. Présentation express de quelques notions philosophiques noyées dans l’immensité des possibilités des sujets au concours : flatter la bonne conscience, toujours. Quelqu’un assimilera les khâgneux à des « canards qu’on gave avant Noël », ultime indigestion de connaissances avant le chant du canard de cette année. Reste à savoir ce qu’il y aura sous le sapin… Mais pour l’instant, et malgré la fin officielle des cours pour cause de « semaine blanche », les cours continuent. Car, comme on n’a de cesse de nous le rappeler habilement et sans emphase : « CE CONCOURS SE PREPARE SUR TROIS ANS ! » (qu’il convient de dire avec un léger accent allemand, pour traduire le caractère péremptoire de la formule) KHÛBER ! Khûber ? Khûber… Bientôt, il faudra dresser le profil du parfait futur khûbe pour élucider ses motivations, mettre en exergue ses doutes… erreur ! Des doutes, il n’en a aucun.
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