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Monkey'z (h)K v.2.0

Bienvenue sur ce blog (hypo)khâgneux ! Vous y trouverez des Gaffiot, des Bailly, des références à Jean Pierre Richard, de la souffrance intellectuelle, de la procrastination [...] et surtout, des Khâgneux. "Des khâgneux hyperboliques, de beaux khâgneux" (le K.)





27 décembre 2007

Publicité #1





à nous de vous faire préférer le grec...


[...]

25 décembre 2007

Et pendant ce temps, Actus Man… #3



Alors que nous essorions notre cerveau inondé par les concours blancs, Actus Man parcourait les rues de Nancy et découvrait les joies de Noël. Ses escapades Place Stanislas ravissaient la foule emmitouflée qui s’étonnait de voir notre héros supporter le gel malgré sa légère toge d’été, tel un stoïcien nu dans la Cordillères des Andes. Mais c’est un crime d’impiété que d’interroger Actus Man à propos de ses sous-vêtements : ainsi, personne n’osa et n’osera jamais dévoiler l’envers de la toge.

Actus Man nous raconta qu’il avait tout de même exploré quelques commerces afin de trouver la togemoumouth (doudounus, us, f) qui ferait fureur cet hivers et qui lui permettrait de passer inaperçu dans la plèbe nancéenne, uniformément engoncée dans de volumineuses fourrures (il nous confia qu’il se plaît énormément dans sa notoriété d’orateur mais qu’il se lasse très vite de signer des épigraphes tous les 10mètres parce qu’on le reconnaît…). Il avait accumulé en vain les magasins avant de rencontrer un ours providentiel au beau milieu d’un immense centre commercial, ours qu’il jugeait d’ailleurs beaucoup plus sympathique et moins arrogant que ces ignobles esclaves qu’on utilisait dans les boutiques.

Et cet ours lui fit admettre la triste vérité, Actus Man maîtrise en effet le langage des signes de la patte et le dialecte plantigrade indo-européen (comme tout honnête homme à vrai dire) : « Actus Man, père du discours direct et du direct du droit, pardonne moi, mais les toges sont passées de mode depuis le Bas-Empire ! » (propos vraisemblablement tenus par l’ours). « O tempora, o mores, o Cato Major ! » lança Actus Man consterné après ces sages grognements ! Dépité, écoeuré, il n’eût même pas envie de prononcer un discours riche en rythmes ternaires, en anaphores et en hyperboles pour susciter terreur et pitié chez les clients. Dans une allée de la galerie marchande, absorbé par ses fantasmes, s’envolant vers d’utopiques magasins qui débordaient de toges de grands drapiers, il fut même bousculé par un esclave déguisé en volaille, qui crachait dans son micro une liste de promotions sur des poulets fermiers. « Décidemment, cette époque est maudite » conclut-il…


Actus Man, sévère, veillant sur la Place Stanislas ; mieux vaut ne pas l'enguirlander...

23 décembre 2007

Perebimus in Khagna aut numquam perebimus

(Nous mourrons en Khâgne ou jamais nous ne mourrons)

Finis, les premiers concours blancs ? Je n’y crois pas, impossible. Pourtant, je viens de rendre la version anglaise, dernière copie double gorgée d’effort et de sueur avant la trêve de noël ; Thibaud qui achève le périple en même temps me tombe dans les bras, exhalant un long soupir de soulagement. Serait-ce fini ? Je vois déjà le prof’ d’histoire faire irruption et nous coller une dissertation chimérique de 6h le lendemain ; mais non, demain, c’est le samedi qui scelle le début des « vacances ». Pas de suspense, après 31h d’épreuves, la première salve de compositions est bien terminée.

Les khâgneux sont en fort mauvais état, on ne donnerait pas cher d’eux à la Foire aux Esclaves d’Athènes. Comme l’a dit le divin prof’ d’histoire, un esclave avec des compétences limitées se vend aux alentours de 150 drachmes ; le khâgneux, lui, se négocierait entre 400 et 600 drachmes. Mais post concours blanc, les investisseurs avertis nous délaissent et notre valeur marchande dégringole à 180 drachmes : plus aucune force physique, motivation limitée malgré les coups de fouet, tendance à somnoler en plein travail, les nerfs rabotés par le café et le stress… Et il faut malgré tout monter des blocs de 32t au sommet de l’Acropole, avec une pente naturelle inclinée à 30% (louons l’érudition du prof’ de grec pour cette importante précision lors d’un cours sur les tuiles du Parthénon à 18h, heure ô combien féconde). Nous aussi, nous portons nos 424t de tuiles ramassées sur la montée de la Khâgne, une pente surnaturelle à 120%, qu’il est possible de gravir parfois à reculons. Et dire que certains sont malades en pleine ascension parce qu’ils ont avalé, involontairement, de manière parfaitement involontaire, un paquet entier de Karaneige en 15 minutes… (Malheureusement, je ne peux pas évoquer maintenant Le Coup du Karaneige, fomenté par le plus grand truand de la Khâgne que je ne nommerai pas… à suivre…).

Les épreuves industrielles de 6h ne sont plus que de petites guirlandes enroulées autour de problèmes plus épineux, le sommeil me boude étrangement à mesure que le fatigue s’amasse, l’esprit vacille dans la décônne après avoir été compressé plusieurs heures : nous voilà pleinement khâgneux. Chacun sa méthode pour dormir ou repousser l’heure de fermer les yeux sur les explosions de la journée, avec les conséquences que l’on sait. Parfois, les charmes des somnifères ne séduisent plus l’esprit qui déborde et les cernes rivalisent alors avec les tons sombres d’un ciel orageux. La facture se paye invariablement pendant les « vacances »… J’ai l’impression que nous mourrons en Khâgne ou que nous ne mourrons jamais ! Mais, qu’y a-t-il de pire, qu’y a-t-il de mieux ?



15 décembre 2007

Dans les cordes

Le cerveau passé à la moulinette de 5h de réflexions romanesques trouve quelques connexions neuronales encore assez fraîches au milieu de la bouillie pour articuler une pensée : il reste une heure pour boucler cette dissertation, une heure à tâtonner pour trouver une parcelle d’esprit qui n’est pas encore totalement brûlée par le périple accompli. « Pascal Quignard évoque une « cinquième saison (M. le Sujet nous demandait si elle pouvait être assimilée au roman) […] (je passe le fabuleux extrait avec les « éponges » et les « verres souples ») une cinquième saison donc, où les choses impossibles deviennent possibles ». Conclusion et ouverture : la cinquième saison, c’est la Khâgne ; la synthèse du délire et de la raison, la syntaxe de la fatigue et du travail, la conjugaison de l’aurore qui ouvre l’horizon et des barreaux dorés d’une prison. Les feuilles d’automne se battent dans la neige au pied des bourgeons, en pleine canicule. Et pendant ce temps, des êtres étranges défient la matière en fusionnant avec des chaises, dans une salle immense où ils sont rigoureusement alignés en silence, 6h durant ou presque.

Concours blancs, de 6h en 6h, aucune issue...

Et pendant ce temps, une khûbe oubliait d’effacer de sa copie quelques mots griffonnés pour une khûbe voisine : « le roman, c’est au-delà du réel, n’y voir aucune allusion à une série TV». La remarque, bien qu’exilée du corps de la dissertation au crayon dans la marge, s’enorgueillit certainement d’avoir été mêlée à Malraux, Kundera et Robbe-Grillet, emportée dans les flots de copies doubles rendues au correcteur. Heureusement pour notre khûbe, les vieux routiers de la classe prépa, plus encore un professeur de Lettres Classiques, ne regardent pas la télévision, s’ils en ont une, et sont donc susceptibles de ne pas y prêter attention. Leur équipement Haute Définition, c’est l’acuité de Bailly qui expose les 22 sens et emplois différents du verbe « aller » à l’optatif.

Le soir, la bouillie est réchauffée et il n’y a rien pour agrémenter l’infâme soupe. Il n’y a qu’un plat, et je n’ai pas d’autre choix que d’avaler d’énormes pelletées entre deux bâillements, jusqu’à l’écoeurement complet. C’est le plat du jour, la suggestion du chef communiée en injonction et le menu à la carte tout à la fois : pavé de philosophie politique sans assaisonnement, c'est-à-dire tous les cours depuis le début de l’année, l’équivalent de 70 petits fours épinard-saumon-abricot-paprika de la taille d’une pizza, à déguster. Le Roy, poursuivi par l’ombre du chef de cuisine philosophique, trouve refuge dans le réfectoire où j’avale mes délicieux cours roboratifs. Il entame la lecture de textes de Kant et ne peut s’empêcher de rire : le pauvre Kant devient le bouffon de la cour royale, preuve que même le plus détendu et serein des monârques de la Khâgne est affecté par le manque de sommeil...


Le Roy, dans le refectoire

Le Roy m’apprend qu’Aristote a fait la synthèse philosophique et sociologique de 158 constitutions du IVème siècle pour élaborer son traité de politique. Chose qui soulève un évident problème : si ces textes étaient gravés sur de la pierre, comment Aristote a-t-il recyclé 158 blocs de pierre une fois son traité terminé ? Je pense écrire une thèse pour résoudre cette grande question. Le prof’ d’histoire a raison, en histoire ancienne, les perspectives de recherche ne manqueront jamais ! A mon avis, Aristote a fait creuser une piscine olympique dans sa villa, grâce aux droits d’auteur et aux 158 blocs de pierre, qui ont nécessairement servi de revêtement étanche au bassin…



Pas de doute, nous sommes en plein concours blancs.


[...] (Pour la météo, voir les prévisions de Mimy ; la dépression khâgneuse stagnera pour une semaine encore au dessus de l'hexagone.)



09 décembre 2007

J'irai bosser sur le toit



Quelque chose va de travers dans l'ordre khâgneux (ou bien Substance ou bien Ce que vous voulez) : même le Roy et Baptiste vont travailler en salle, 3 soirs de suite, ce qui n'était jamais arrivé ou presque, sauf lors de cataclysmes majeurs : il se prépare quelque chose, ça sent le souffre. Cette métamorphose serait-elle insufflée par des esprits malfaisants ? Les effets secondaires liés à l'expérimentation d'un programme de révision pharaonique en histoire ? Heureusement, mon cher Baptiste lutte âprement pour sauvegarder l'Ordre Khâgneux et joue à Qui veut gagner des millions sur Nintendo alors qu'il vagabonde en compagnie de Gambetta, Ferry et ce brave général Boulanger. Une promenade qui n'a rien de bucolique et qui ne semble séduire notre Roy qu'à moitié, lui qui préfèrera toujours la prose ample des phrases sans fin de Thucydide à la révolte des vignerons du Midi de 1907.

J'aime, et je suis terriblement enthousiaste lorsque je les vois arriver en fanfare dans la salle où je suis vissé depuis 2h, irrigué par une caféine bienfaitrice et bénissant ce refuge pour la paix qu'il m'offr(ait). Le Roy, trompettant, inscrit quelques beaux vers au tableau, pour les femmes de ménage, qui nettoient la salle le lendemain matin tandis que Baptiste peste en anticipant chaque ligne des polycopiés sur la IIIème République qu'il avale le nez bouché mais ne digère pas. Non sans tumulte, ils finissent par gagner chacun une place dans la salle et s'y installer, quelques secondes, pour effectuer encore 3 ou 4 aller-retour vers l'internat parce qu'ils avaient oublié ceci, parce qu'ils avaient oublié cela... Et puis, les regards au trois coins de la salle qui feignent un sérieux surjoué, se stimulent et ne se retiennent pas pour lancer une remarque superflue ou une plaisanterie sur Felix Faure, ce grand président mort en plein exercice de ses fonctions... Alors, j'ai envie de les étriper, parce que la concentration a claqué la porte lorsqu'ils l'ont ouverte : un jour, pour être en paix, j'irai bosser sur le toit.


Mais le verni de la catastrophe apparente, alimentée par ces polycopiés vertigineux et écoeurants à force de les machouiller, ces concours blancs que nous n'aurons pas le temps de préparer et les lectures impossibles qui s'entassent, n'est sans doute qu'un verni. Un verni triple couche peut-être, mais qui dissimule le fleuve imperturbable de l'année, où nous flottons en buvant parfois une bonne tasse historique ou grecque, mais qui nous amène doucement vers la fin des hostilités. Avis de tempête la semaine prochaine, les 7 plaies de la Khâgne vont s'abattre sur nous en l'honneur des concours blancs ; préparez les cirés, les bottes en caoutchouc et les Gaffiot pneumatiques, quelques infiltrations sont à craindre.

01 décembre 2007

Une histoire avec des briques, un aviron et des produits ménagers


Ballade studieuse pour deux khâgneux décidés à un peu mieux connaître la ville de Nancy, qu’ils n’ont pas encore eu le temps de fouiller. Un dessein vague, celui de voir les vestiges réhabilités d’usines de la seconde moitié du XIXème siècle, dont le prof’ d’Histoire nous avait parlé dans le cours sur Ouvriers et Classe Ouvrière. Une direction vague, vers le canal, à l’opposé du lycée et des quartiers que nous fréquentons. Alors nous marchons, nous traversons des rues imprégnées des plus viles odeurs citadines, nous longeons enfin les eaux du canal allumées par le soleil d’hivers. Des appareils photos japonais s’immortalisent en train de lancer du pain à des canards français tandis que nous nous extasions parce qu’une cheminée d’un autre temps s’élève au loin, au dessus du béton moderne.

Les briques se sont figées dans une autre époque, la végétation menaçante tente d’étouffer les versants délaissés de la bâtisse, le béton luxuriant mais uniforme est une insulte à l’âme singulière de ces murs bariolés. Des gens habitent maintenant là où d’autres, bien avant, ont laissé couler tant de sueur et de peine. Plus loin, la fameuse cheminée est exilée au milieu de vulgaires hangars en tôles. L’édification de ces monuments industriels semble avoir été plus soignée que certaines de nos dissertations…

Actus Man, qui est de la sortie, excite la curiosité de deux hommes qui rament en combinaisons moulantes, sur le canal et dans leur aviron (ou bien canoë ou bien kayak : je ne suis pas spécialiste de ces bestioles). Mais notre héros méprise ces regards étonnés qui le fusillent ; c’est qu’il préfère de loin les khâgneux qui rament dans des versions avec le Gaffiot. Et implorant Jupiter Tonnant, Vénus et toute la bande, il demande au Cosmos pourquoi le temps s’enfuit, pourquoi le monde de l’impersonnel triomphe, pourquoi nous ne sommes pas éternels…

Nous visitons enfin un musée méconnu : une vieille droguerie en vieille ville où, toujours selon le divin prof’ d’histoire, on pourrait trouver des conserves de 1930. Nous entrons avec prudence, et atterrissons dans la caverne d’Ali Baba des produits ménagers. Il y en a partout, au sol, aux murs, sur les rayonnages, peut-être même suspendus au plafond mais je n’ose pas vérifier. Prendre garde où poser ses pieds, calculer ses mouvements pour ne rien renverser, ne pas prêter attention à la gérante qui nous épie et nous harcèle comme si nous étions des criminels de guerre. Que désirez-vous ? Que cherchez-vous ? Je peux vous aider messieurs dame ? Merci, on regarde. La vieille insiste, elle craint certainement qu’on la dépouille d’un rouleau de papier toilette qui traîne dans un coin ou d’une pince à cornichon. Toujours avec prudence, je finis par lui dire : « euh… vous avez des trucs… vieux ? On nous a parlé de vous en cours d’histoire… » (À juste raison, je n’ajoute pas : comme la boutique la plus chaotique/bord****** de tout Nancy). Ses yeux s’éclairent et nous répondent : vous voulez des vieux produits chimiques ? Avant qu’elle nous déballe son stock de gaz moutarde millésimé 1919, sans doute masqué par un bocal de coquilles d’escargots vide, des boîtes de clous, des bougies et des bidons d’eau de javel, nous prenons poliment la fuite…


Ma Maeva, merci

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