Une journée à Trèves : bière, jambon et Constantin (Par Baptiste & Yannick)
Un article rédigé par Yannick, au clavier, et Baptiste, tantôt se rasant, tantôt affalé sur son lit.
Il nous fallait une attaque et nous n’en trouvions pas. D’où Baptiste qui se moquait de moi en prétextant de commencer par quelque comparaison à haute teneur militaire, dont j’ai le secret, (et la manie, apparemment) : « les chars Leclerc de la rhétorique déferlaient sur la syntaxe harcelée par la mitraille etc. ». «Allons boire un jus d’orange », me dit Baptiste, car il en avait un posé sur son bureau ; et heureusement, il avait des gobelets qu’il avait subtilement dérobés lors de notre sortie à Trèves. Ainsi avons nous bu du jus d’orange, maltraitant la pauvre brique, et ainsi avions nous notre attaque. C’est du grand n’importe quoi, je vous l’accorde, mais voilà les joies de l’écriture en duo (ça vaut bien Nathalie Sarraute… et c’est pas du Begdeber comme dirait notre divin prof’ d’histoire).
Revenons à notre jambon. La journée avait bien commencé, 6h30, soit beaucoup trop tôt. Dans le bus, nous espérions quelques bonnes vannes sur les aléas des manœuvres des trières, lancées par notre bouillant Papi, feu professeur de français d’hK, pour nous sortir de l’épais brouillard du matin. Vain espoir, de son propre aveux et corroboré par sa femme, Papi « n’était pas chauffé… Peut-être au retour ! ». Touchant au but de notre périple, il nous restait à élire l’heureux professeur qui jouirait de notre présence tout au long de la journée. (Aie, me dit Baptiste, tandis qu’il se rase et que nous débattons des modalités de ce récit. A ce propos, il testait un nouvel après rasage…) La prof de latin s’empara de Baptiste tandis que les khâgneux optionnaires de lettres classiques et les historiens furent accaparés par le toujours divin prof’ d’histoire, qui ne voulait pas s’em…bêter avec les petits hypokhâgneux. Ainsi fûmes nous séparés, d’une manière fâcheuse, malencontreuse, très peu honorable, moi-même et Baptiste.

Stupeur et désespoir ! Cette visite qui avait si bien commencé n’aurait-elle pas pu devenir un véritable supplice, nous séparant, « parce que c’était moi, parce que c’était lui » ? Il n’en fut rien, ou si peu. La charmante Mme D., feu notre prof’ de latin d’hK, se chargea de guider le groupe de mon cher Baptiste dans les méandres de Trèves. Quant-à moi, haletant, je m’accrochais au rythme effréné de notre divin prof’, qui expédia le Landesmuseum en moins de 2h30, se frayant un chemin entre les hordes d’autrichiens et de touristes, qui décidemment ne connaissaient rien à Trèves. Alors que Baptiste, mis au défi par Mme D. de traduire quelques inscriptions, qui avaient traversé les âges, dans les trois musées différents de la ville, et qui s’en sortait comme il pouvait, c'est-à-dire, de manière honorable et pas fâcheuse du tout mais qui lui eût valu un 6/20 au concours de la rue d’ULM, j’explorais avec minutie et conscience un héritage qui se révélerait plus germain que romain, dans une taberna qui n’avait pas grand-chose d’antique. Le divin prof’ d’histoire, qui nous accompagnait toujours, n’était pas peu fier de son excursion : « nous on fait que des visites libres, un musée et un bar déjà ! » clamait-il à un collègue, qui se targuait d’avoir effectué deux visites guidées : entre nous, comme si des khâgneux avaient besoin d’un bavarois pour toucher à la latinité. En revanche, nul besoin d’un latin pour nous initier aux plaisirs de la Bavière. (Trèves n’est pas en Bavière mais ça sonnait bien.)



Après avoir attendu le Roy qui faisait la queue pour payer une seule et unique carte postale, et ce 10 min durant, nous nous sommes enfoncés dans les rues de Trèves pour trouver une Eglise baroque, négligeant de ce fait les deux dernières visites de la journée. Baptiste, de son côté, traduisait toujours du latin. Et encore du latin. Etant assez fâché contre ces bas-reliefs, qui auraient pu sommes toutes disparaître au bout d’un siècle et ne pas embêter notre latiniste, il tentait diverses traductions plus ou moins acrobatiques, et qui étaient accueillies avec surprise, ou déception, par Mme D., qui décidemment, ne semblait pas prête à abandonner ce
cas désespéré (selon les termes de Baptiste). Quant-à moi, mes papilles balançaient entre des
grossen frites mayonnaise et du
schinke jambon entre deux tranches de pain.
Le divin prof' d'histoire dans une nef baroque (fas est, de prendre un cliché dans une église mais enfin, celui-ci vaut bien un Milliard...)
La journée touchait à sa fin et cet article aussi, par la même occasion. Mon cher Yannick commençait déjà à regretter l’Allemagne, le pays de ses rêves, si carré et si ordonné. Baptiste, lui, fut une dernière fois mis à l’épreuve par Mme D., entraîné devant la maison rouge de Trèves, pour traduire une ultime sentence latine. Il se souvint alors qu’
ante + accusatif pouvait vouloir dire « devant quelque chose », sauf que ce n’était pas le cas ici,
ante signifiait simplement « avant ». Peu importe, Mme D. était ravie de ce souvenir fugace.

Nous étions sur le chemin du retour. Le soleil engendrait déjà une nuit plus sombre et moins lumineuse. Ce que nous aura appris cette journée ô combien pédagogique : boire ou traduire, il faut choisir !
NB : nous avons oublié de préciser que le but initial et théorique de cette sortie était de découvrir l’empire de Constantin le grand (Konstantin der Grosse). Merci pour lui…
Finalement, il est bien cet après rasage…
Baptiste & Yannick, Yannick & Baptiste