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Monkey'z (h)K v.2.0

Bienvenue sur ce blog (hypo)khâgneux ! Vous y trouverez des Gaffiot, des Bailly, des références à Jean Pierre Richard, de la souffrance intellectuelle, de la procrastination [...] et surtout, des Khâgneux. "Des khâgneux hyperboliques, de beaux khâgneux" (le K.)





28 mai 2007

Billet d’humeur #14 (Par Baptiste)

J – 16 avant le conseil de classe qui clôturera les hostilités de cette année hypokhâgneuse ! L’occasion de faire un petit bilan et de vous livrer mon choix pour l’an prochain…


De l’utilité du choix
(De utilitate decreti)

Il fallait bien se décider, je ne ferais donc pas languir plus longtemps la communauté hypokhâgneuse et lui livre mon choix dans une allocution solennelle.

Chers hypokhâgneux,

De métropole
D’outre-mer
De l’étranger

A la veille de la rentrée 2008, l’heure du choix est venue. L’hypokhâgne a été une année inoubliable tant sur le plan du travail fourni que des gens rencontrés. C’est seulement maintenant que nous pouvons nous apercevoir du plus gros défaut de cette prépa à savoir l’obligation du choix entre la K1 et la K2.

En ce qui me concerne, le choix logique serait de me tourner vers la K1, après l’HK 1.
Mais je ne suis pas homme de logique. Le choix affectif serait d’aller en K2, lieu de glandage un peu plus intensif et dépourvu de latin, d’espagnol et permettant la rencontre d’une prof de philosophie peut-être aussi atypique que le maître de la Koppistique.

Cependant, la K1 dispose elle aussi d’arguments convaincants : M.G. (professeur d’anglais de son état), le divin Pa. (prof d’histoire), l’absence de géographie autoroutière et évidemment mes chers voisins et amis, le Roy et le Duc de 204, plus connus dans le civil sous les noms de Guilhem et Yannick.

Après des nuits de doutes et d’hésitations, je vous livre mon choix : j’ai finalement décidé de tenter le concours de l’Ecole Normale Supérieure de la rue d’ULM, quitte à subir quatre heures de philosophie hebdomadaires et quelques devoirs le samedi, ce qui a d’ailleurs failli m’envoyer en K2.

Mes chers amis, cette année s’annonce difficile et périlleuse, une des grandes interrogations portant sur la langue latine, qui risque de me prendre un peu de mon temps libre ces vacances, si toutefois je parviens à me motiver, ce dont je ne doute guère.

Oui, nous pouvons être fiers d’être hypokhâgneux ! Puissions nous nous reposer quelque peu afin de pouvoir dire haut et fort en septembre : SUMUS ERGO SUMUS !

Moralité : En K1, tu iras !


De l’inutilité des sujets
(De inutilitate Kelcharum)

Voici trois sujets de Français auxquels nous (et peut-être vous aussi) avons pu échapper !

- Sur la poésie :
« Le poète infatigable nautonier de la rive gauche de la Seine, guide sa péniche, luttant contre les flots nébuleux du vers. »

Charles BIDON, 1899

- Sur le théâtre :
« Le premier bateau de l’histoire du monde, à quai, regarde passer les trains du premier acte. »

Phrase retrouvée derrière une liste de course de Marcel PROUST et publiée dans l’annexe d’une édition de la Pléiade de 1940 (300 exemplaires) de A l’ombre des jeunes filles en fleurs.

- Esthétique générale :
« Un chien qui nage c’est beau. »

Phrase attribuée à SAINT JOHN PERSE ou à MALLARME, au choix.

Les personnes étant capables de trouver un plan là-dessus sont priées de se présenter à l’asile psychiatrique le plus proche…

Moralité : Des sujets infaisables, tu inventeras.


De l’utilité des attaques
(De utilitate attacarum)

Nous aurions incontestablement du être plus incisifs dans nos ouvertures philosophiques… Quelques attaques un peu improbables… ou pas !

- Sur la vérité

« En vérité, la vérité, il n’y a pas de vérité ! »

Jean Claude Van Damme

- Sur l’inné et l’acquis

« Je suis capable du meilleur et du pire. Mais, dans le pire, c’est moi le meilleur. »

Coluche

- Sur la religion :

« Regardez Jésus, il prenait des mots simples, et quand ça se compliquait, il faisait des paraboles. C'est ça, un bon animateur télé. »

Jacques Martin

Moralité : Des attaques impossibles, tu tenteras.




Et pendant ce temps à Vera Cruz : L’enregistrement de l’allocution est en projet, les projets de sorties tombent à l’eau, les autres projets sont en sommeil.
Moi et l’aoriste

A chaque semaine sa nouvelle galerie creusée dans la mine de l’aoriste : et quoi de mieux pour percer la roche qu’un aoriste « d’explosion » ? Le dynamitage ne relève pas d’un processus inextricable : il suffit de dénouer les fils bigarrés du « surgissement brusque dans la durée d’une attitude soudaine ». A quand la découverte de l’aoriste d’écoulement ? (Le gonflement inouï d’un liquide qui s’inscrit dans la pérennité d’un flot incompressible) O Anatole, nous te louons, nous t’écoutons ! « Dans notre nuit sans [toi] complète / [Toi] seul a le front éclairé » (Hugo, ou presque)


A chaque jour sa petite pensée pour Anatole Bailly, sans qui le grec ne serait pas tout à fait le grec, sans qui nous ne serions pas en mesure de démêler une seule ligne de la jungle hellène. Bien sûr, il y aurait quelqu’un d’autre : mais enfin, ce ne serait pas notre Anatole. « Le Bailly est une arme de destruction massive » Une minute de silence ! Hommage ! Je réclame des commémorations le jour de sa naissance, mieux même, un Jour de l’Aoriste Thématique Actif (et peut-être même Moyen/Passif).

27 mai 2007

Aie aie

On murmure à mon oreille que trois semaines, seulement trois semaines, nous restent pour jouir de l’Hypokhâgne, jouir d’élans métaphysico-burlesco-philosophique, de récits savoureux contés par nos profs’, ces narrateurs de génie, jouir de gesticulants aoristes thématiques passif, de douches dans la cabine voisine de celle de mon Baptiste… Aie aie.

Et pourtant, on se relâche, tous. A peine voyons-nous encore les concours blancs dans le rétroviseur (CBII over, pour reprendre la terminologie de Mimy), la longue route parcourue scie l’horizon, elle est évidente, mais devient floue. Le travail imposé n’est plus imposant : une version par-ci par-là, quelques phrases de version pour se perfectionner en subjonctif grec, un cours d’histoire qui déroule le film de l’Extrême Orient des années 30 (vilains, très vilains les japonais). Et du temps, un peu de temps au moins, pour éternuer dans les allées de la Pépinière par une journée de pollen ensoleillé, pour dépoussiérer un livre qui se prélassait dans la poussière de ma bibliothèque…

Et une soirée entre hypokhâgneux, entre nous, qui s’était désagrégée à vue d’œil au cours de la semaine, a avorté de façon lamentable, à cause de tout. « Ce sera pour une prochaine fois… » Aie aie. Comment éviterons-nous de pareilles débâcles lorsque les études nous auront dispersés ?

-Les Vosges c'est bien ! - La bière, c'est mieux !

26 mai 2007

A la table de Sénèque


Chapitre I : organiser un parfait banquet tragique



Choisir avec soin les ingrédients : deux frais jeunes hommes feront parfaitement l’affaire


Commencer par « égoutter » les corps agonisants ; poursuivre jusqu’à les vider de leur sang


Scier les membres et « dénerver »


Perforer les « muscles fibreux » au moyen d’une « broche »


Faire cuire ; attiser les flammes de votre brasier jusqu’au crépitement des muscles


Recueillir le sang encore tiède sur les restes des corps meurtris ; ne pas hésiter à presser avec vigueur


C’est prêt ! Pour votre plus grand plaisir, annoncez à vos convives la véritable teneur du festin !


Violer la femme de son frère sur l’évier encore sanguinolent !


A table !

Et bon Nefas !


(Inspiré, à peine, ou presque, de la tragédie Thyeste : rendons à Sénèque ce (théâtre de la cruauté) qui est à Sénèque)



Vous examinerez avec attention cet extrait, qui vous inspirera un thème latin. Un peu de vocabulaire adjuvant :

Veru, us, n : la broche

Carpo, carpsi : déchirer

Artus, us, m : le membre

Illido, illisi : mettre en morceaux

Stillo, avi : faire couler goutte à goutte

Nefas, n : la faute tragique

Tronsono, avi : couper en arrachant

Filbarbelo, bebarbelui : enserré de fil barbelé

Trifouillum, i, n : la jouissance prise en éviscérant


Interlude # 7


Le prof de grec (ironique) : je comprends tout à fait que vous alliez faire du grec au bar ! Et une bonne bière en révisant la 1ère déclinaison [...]

21 mai 2007

Billet d'humeur #13 (Par Baptiste)

Le billet d’humeur est de retour pour votre plus grand plaisir, dans sa treizième édition. A quelques semaines du coup de sifflet final de cette année hypokhâgneuse, et encore taraudé de nombreuses incertitudes (Lyon ? Ulm ? Lyulm ?), je vous livre trois faits marquants de la semaine… Au menu, un singe, un conseil des ministres et un internat un peu morne…


De l’utilité du singe
(De utilitate singeorum)

Le lycée Poincaré apparaît évidemment comme un dédale. C’est d’ailleurs ce qui nous avait frappé lors de nos premiers pas dans l’enceinte sacrée, comme dirait le K. Il faut noter cependant qu’il est rempli d’objets plus ou moins hétéroclites… enfin quand je dis objet… Une de nos visites dans le repère des scientifiques nous avait donc permis d’apercevoir un curieux occupant, derrière une vitrine. S’y trouve en effet un singe empaillé du plus « bel » effet. Depuis combien de temps se trouve t-il là ? Mystère. L’a-t-on capturé dans le parc de la Pépinière ? Peu probable, ce type d’animal n’étant guère visible de par chez nous… même à Sarreguemines. Personne ne sait donc d’où il vient, quand il est venu, et quel était le but de sa visite. Nous décidâmes alors d’immortaliser la bête. Problème : la vitrine se reflète dans cette photo ; atténuant considérablement l’aspect terrifiant du monstre. Nous avons donc décidé de lancer une campagne pour que la vitrine soit éclairée et que les lecteurs de ce blog aient droit à une vue correcte des trésors de Poincaré… Nous vous tiendrons au courant !


Moralité : Le singe, tu allumeras.


De l’inutilité d’un jour férié
(De inutilitate feriarum)

La seule utilité d’un jour férié est de pouvoir apercevoir le concierge du lycée Poincaré, atypique personnage s’il en est. A part cela l’internat est d’une « mornitude » sans nom, donnant au lycée un aspect curieux ; un peu comme si l’on évoluait dans un décor de parc d’attractions fermé. Il faut néanmoins souligner que cela ne nous a pas empêchés de passer une très agréable journée. Nous aurions pu en profiter pour faire une dissertation de « 4 à 8 » mais, las, nous avons préféré dormir et nous réveiller dans une grande bâtisse dont l’électrocardiogramme est resté absolument plat.
Moralité : A l'internat, les jours fériés tu éviteras


De l’utilité du conseil des ministres
(De utilitate consilii ministrorum)

Le chantier visant à atténuer la prépondérance du travail en hypokhâgne est maintenant lancé. Nous en faisons, Thibaud et moi-même une priorité, en nous accordant un déplacement ministériel ce vendredi soir à l’ Envers. Notre cabinet de « travail » se trouvera donc dès lundi au café des Artistes, pas très loin du lycée. Le Ministère de l’Identité Hypokhâgneuse fera le forcing pour obtenir une visite de la bibliothèque de Poincaré en conciliation avec le Ministre de l’Erudition… Seul autre projet qui me vient à l’esprit (ou Esprit) : la construction d’une autoroute reliant les hypokhâgnes à l’ENS, dans le but de faciliter le travail des Cubes... Pourquoi pas ? Mais elle ne risque guère d’être rentable : 75 voitures par an, pensez donc…

Moralité : Un conseil des ministres tu organiseras


Et pendant ce temps à Vera Cruz : je finis le Guide du voyageur intergalactique, je retrouve un papier qui me propose de « naviguer sur la profonde mer qui engloutit les anciens dieux » (comprenne qui pourra) et j’oscille entre la K1 et la K2… (narcissique cette rubrique, pour une fois.)

19 mai 2007

Il suffit d’une désinence…

pour interpréter un texte de Térence comme un manifeste contre l’homosexualité ! Une « amicAm » qui se métamorphose en « amicUm » d’un coup de déclinaison magique, et hop, la plus innocente passion qui enflamme un jeune homme se métamorphose en une infâme liaison qui fait horreur à son paternel. Ce dernier conjure alors son fils de l’épargner de l’affront du déshonneur et de ne pas prendre un adolescent imberbe pour épouse.

Halte ! Contre sens + + hyper + ! « Il faut avoir de bons yeux pour faire du grec ! » (et déceler les infinitésimales nuances d’accentuations) Une maxime qui déborde sur les rivages du Tibre, chez nos amis latins : sachez qu’entre une désinence « -um » et une désinence « -am », il se joue parfois une orientation sexuelle. « De la rigueur avant toute chose… ». (Pas de panique toutefois, l’intégrité hormonale de notre jeune homme a été réorientée en fin d’épreuve… et par la même occasion, l’intégrité relative de ma note future)

Nautae eramus

Ultime assaut de cette année en français, mené cette fois-ci contre la citadelle de la poésie, temple ô combien sacré qui offre matière à réflexion de la Grèce Antique au XXIe siècle. Chacun d’entre nous s’est donc attelé à piller ce temple pendant la dizaine de jours qui précédait le DS, tirant par ci par là une mosaïque de poète romantiques, un bas relief de surréalistes, une amphore dorée de parnassiens, quelques joyaux épars encore. Et quelques pierreries critiques par-dessus l’amas de vers et de considérations, emballé c’est pesé, ces brides seront nos outils, notre « kit de survie » (dixit Baptiste)


La moitié d’une feuille A4, taciturne, nous apprend que nous passerons les 4 prochaines heures en la charmante compagnie de Mallarmé. Oh ! Surprise ! Pour une fois, le sujet ne s’éparpille pas en références maritimes diverses : le poète n’est pas comparé à « un fameux nautonier qui dirige son navire versifié sur la crête des vagues d’alexandrins, sans pour autant que ses filets soient gonflés des écailles du rythme ». Non, pour une fois, c’est du propre. Nul besoin d’éviter les attaques de mouettes ni de passer la table au jet d’eau pour chasser une forte odeur de poisson. En somme : Mallarmé n’a pas le pied marin.

Notre maigre chaloupe de références n’en est pas moins mise à l’épreuve par les creux de 5m, que dis-je, 10m, de notre sujet démonté. Presque nauséeux, je m’attarde sur la charpente du plan, tout acharné à rendre étanche les points sensibles de la coque. Toute voile dehors ensuite, je file à tout allure, tellement vite que la proue s’enfonce à l’heure de la conclusion. La traversée est faite, on n’y peut plus rien désormais : c’est au capitaine du port de trancher.

18 mai 2007

Notre gouvernement

Ministre d’Etat du Travail et de la Formation de la Jeunesse : Baptiste lui-même, apte à mener une politique sévère en vue de désorganiser, dévaloriser et démériter l’effort de nos jeunes. EDIT : il sera assisté d'un Secrétaire d'Etat à la Débauche, qui ne sera autre que Thibaud (dont la devise est : In vita vinum est, précisons-le)

Ministre de l’Acculturation et de l’Identité Hypokhâgneuse : moi-même, tout entier voué à préserver et perpétrer la tradition hypokhâgneuse ainsi que les arts et lettres (c’est pompeux, m’enfin…)

Ministre de l’Erudition et de la Cohésion Scatologique : notre professeur de français, que l’on ne peut malheureusement pas citer ici ; un pédagogue magistral, pour preuve, il nous dégotte le seul poème (sûrement le seul) où le mot « diarrhée » apparaît (Michaux) (Si vous en connaissez un autre…)

Ministre de la Justice et de l’Egalité des Châtiments : le CPE chargé de l’internat du lycée H. Poincaré. Une personne indescriptible qui n’a pas son pareil pour nous vilipender, gronder, effrayer... (terroriser ?!)

Ministre de la Défense des Langues Anciennes et de l’Aoriste Thématique Passif : notre professeur de grec, évidemment, rien que pour l’entendre expliquer la syntaxe de l’aoriste aux journalistes après un Conseil des Ministres. « Ah oui, mais, espèce d’olibrius, faut mettre un peu de bonne volonté si je puis dire !...»

Ministre de l’Alternative ou bien du Développement Durable : le K. « DU-RA-BI-LIS ! être permanent ! ». L’intitulé du Ministère est susceptible d’évoluer sensiblement, d’aucuns doutent déjà que le K. puisse conserver cette dénomination : il pense certainement à un « Le Ministère de l’Ou Bien » ou même, de façon très épurée : « Le. ». EDIT : La volonté du K. est exaucée : le Ministère est transformé en Ministère de l'Alternative et des Affaires Problématiques. Amen.

Ministre des Fiacres et de la Lettre de Cachet du Roi : attribué au professeur d’espagnol, qui atteint la perfection en version surannée (par exemple, « dans sa voiture, la jeune femme se rend à Madrid » est traduit en définitive par « dans son carrosse à moteur, la petite jouvencelle prend l'itinéraire de la capitale hispanique »).

Ministre des Autoroutes et des Voies Navigables : pour le prof’ de géo, tout désigné pour mener à bien son projet de revalorisation des roseaux des berges du Canal de la Marne au Rhin, pour relier la Nationale 7 et en faire une véritable plaque tournante et créer une autoroute qui reliera Saint-Pouilly-Les-Oies aux stations de ski de la quatrième génération.

A bientôt pour le premier conseil des Ministres.


Et d’ailleurs : qui est notre Premier Ministre ? Un indice à nos fidèles lecteurs : il est royal.

13 mai 2007

padepanikoj,-h,-on
(Pas de panique)

Si j’ai quelques instants à tuer ce week-end, ce dont je doute fort, je me lancerai peut-être dans une traduction pointilleuse de répliques de l’Œdipe de Sophocle, en transposant avec application et rigueur toutes les notions aspectuelles des verbes grecs : je m’imagine déjà tomber nez à nez avec un verbe au parfait et m’exclamer, enthousiaste : « Œdipe, tu es actuellement dans l’état de quelqu’un qui sait parce qu’il a vu que moi, Tirésias, je n’ai rien vu ».

« Ne vous inquiétez pas, c’est pas compliqué » : c’est généralement à partir de cette réplique chérie de notre professeur que les choses se gâtent sérieusement lors d’une leçon de grammaire. A ces mots, un rituel s’est dessiné, au fil des mois : toujours, je soupire avec ostentation et me tourne vers mon voisin qui, toujours, fronce les sourcils et esquisse un sourire hermétique, à mis chemin entre le « qu’est ce que je fais ici je dois vraiment être taré » et le « je suis maso pour être ici ».

Cette semaine, nous avons largement plongé dans le subjonctif : pas de panique. Pas de panique non, car cette fois encore nous pourrons nous déchaîner à notre guise dans une boulimie d’exceptions à la limite de l’inintelligible. Et quand ces voluptés seront consommées, là non plus, pas de panique : l’athénien était non seulement imprégné d’indicatif et de subjonctif mais également d’optatif. J’avoue ne pas trop savoir ce que cette ultime mode brasse comme aspects obscurs mais ma frêle expérience d’helléniste me laisse entrevoir quelque chose comme « le résultat passé d’une action achevée dans le présent en connaissance de cause de certaines implications probables dans le futur » ou encore, plus simplement : « l’achèvement éventuel d’une action potentielle menée dans un passé lointain qui avait un impact immédiat dans un futur proche ».

Pas de panique. A nous Homère, Pindare, Hésiode et toute la bande !

12 mai 2007

Et au bout du tunnel…

une lumière blanche ? Une révélation ontologique à la clé, la cerise sur le Gaffiot, l’exaltation ? Non, même pas. Juste l’espoir presque dissimulé de passer en khâgne, de devenir khâgneux. Et après tout cela ? J’imagine : je survis une année de plus, j’obtiens la rémission à la fin de ce cycle préparationnaire ; et après, que faire ? Ah, j’oubliais : l’Esprit hypokhâgneux me portera à l’ENS. Ouf.

Préparer sincèrement le concours ? Marteler encore et encore dans sa cervelle provinciale que c’est accessible si le cœur y est ? Pour l’instant, je n’y arrive pas, y arriverai-je seulement ? « Etre fanatique », voilà le point de bascule : tout faire, tout mettre en œuvre, se démener dans le but d’intégrer la rue d’ULM, rue de tous les saints. Oui, mais…


Imaginons : l’Esprit, las et boudeur, se dégonfle avant d’atteindre l’orée de la fameuse rue. Que faire alors ? La Fac ! Haha ! « On y sera tous un jour » comme on se plaît à me répéter à longueur de temps. Oui, sans doute, « on y sera tous un jour » mais j’y serai physiquement, mon esprit lui, s’abreuvera toujours aux sources de l’Esprit qui entraîne cette année d’hypokhâgne. Je le sais, je l’espère du moins. Non, je le sais !

Eh quoi ! La faculté ? Oui, mais après ? Après, après ! Cette question nous taraude tous, sans exception.


Joute royale

Quelques rares noms propres sont parfois admis au rang de noms communs et ravis de subir cette dégradation, ils investissent les expressions les plus chatoyantes : on peut dire d’un homme qu’il est un véritable don juan, d’un comportement qu’il est ubuesque ou qu’un joueur de Châteauroux a réalisé une somptueuse panenka contre Niort (fort peu probable, j’en conviens). Jusqu’ici, antonomasement parlant, je ne vous apprends rien.

Mais qu’est-ce alors que faire « une guyem » ? (Prononcez : guiLem)

Ce n’est pas franchement compliqué, ou plutôt si, c’est compliqué puisqu’il faut un sacré paquet d’aoriste thématique moyen passif là où je pense. Il s’agit, en vérité, de produire une copie qui tend à la plénitude la plus parfaite : on ne peut dire néanmoins que cette copie est parfaitement pleine. Disons simplement qu’il s’en dégage un geste, une « in-ten-tionali-TE », une beauté certaine qui n’a sans doute d’égale que celle de son démiurge.

C'est en quelque sorte une copie blanche mais nous dirons plutôt une « copie sceptique » (au sens antique, je précise) où le tout puissant non-rédacteur décide sciemment de suspendre son jugement et de s’abstenir de prendre position ; c’est « ni… ni… » selon les mots de (devinez qui…) le K, évidemment !

D’aucuns osent une première guyem en philosophie. Le même réitère sa belle initiative lors d’un deuxième accès de scepticisme et une énième fois encore, pour célébrer pieusement le concours blanc de philo’.


Et nous autres, nous applaudissons, parce que cette non-envolée consentie est remarquable ; et qui d’autre que notre Roy pourrait mener à bien pareille joute suspendue ? Rendons grâce à notre Roy sceptique !

(Remarquons que « la copie sceptique va de pair avec la note sceptique » ; « cela va de soit » vous rétorquerait avec noblesse le Roy)

11 mai 2007

« L’homme qui glande plus vite que son ombre »


04 mai 2007

« Une khôle mythique tu passeras »

Entrée fracassante de Baptiste, elle l’est pour moi du moins, l’atmosphère devient respirable. J’étais arrivé à 16h30, harassé, encore en conversation avec la Phèdre de Sénèque (triste comme un bateau qui coule à pic, si j’ai bien saisi le texte...hum...) ; j’ai choisi l’un des 5 sujets qui maquillait le tableau banal et depuis, je griffonne quelques idées en attendant le passage couperet. Décontracté et jovial, mon compère s’installe non loin de moi. Il fourbit ses armes : bloc note, stylo et baladeur mp3, pour faire le vide bien sûr lorsqu’une autre hypokhâgneuse est en train de passer, j’ai moi aussi enfoncé mes écouteurs dans les oreilles pour échapper aux remarques du K. ; nous n’échappons pas en revanche à la première envolée koppistique, qui nous affuble du qualificatif de « siamois audiophiles ». La périphrase, sympathique et flatteuse, nous séduit : le spectacle a commencé.

Avec Baptiste, nous ne cessons presque pas de nous private-joker. Et je n’ai pas encore bouclé mon développement que déjà le K. m’appelle sur la scène, sous les projecteurs ; peu importe, j’improviserai, j’ai envie d’en découdre, là, tout de suite. Baptiste pose son stylo, retire ses écouteurs, croise les bras et épouse le dossier de sa chaise de tout son long, il délaisse son sujet pour suivre la stichomithie qui s’annonce. Assister à une khôle koppistique, c’est un peu comme être aux premières loges d’un spectacle tragi-comique, dont on connaît à peu près la fin bien avant lever du rideau. Un autre spectateur encore est dans la salle, il semble mépriser nos délires, aspiré totalement par sa préparation : c’est qu’il ignore qu’il est en train de participer à la légende.

Acte I. Cri du cœur désespéré, je tais la situation initiale pour me suicider dès l’entame : « imaginaire… IMAGO… « L’image » en latin, il s’agit dont de se former des représen… » Ma tirade est interrompue par les applaudissements du K., avant même la fin de la première scène. Expression béante de la stupeur amusée la plus complète, il me rétorque : « IMAGO image, WAOU ! Je m’en serais pas douté… ». Rire de Baptiste. Le K. préfère embrayer sur le question sarregueminoise (plus problématique alors que la question homérique) j’aurais apparemment perdu les notes singulières de mon accent : mon ultime carte à jouer pour pimenter cette khôle s’en retrouve vaporisée.

Acte II. Annonce désemparée du plan, nous sommes plongé in medias res au cœur des péripéties. J’essuie des attaques, inconcevablement vite je plie, je capitule sans livrer bataille : « Mais c’est tout merdique comme plan !» à quoi je ne trouve rien de plus corrosif à répondre que « Ben oui… ».

Acte III. Je me concentre sur les grimaces cultivées par le K. au fil des errances de mon développement, des traits contrariés bien plus intéressants au fond que ma khôle (« un peu pourrie tout de même »). Je passe sous silence mon II, préférant flinguer immédiatement mon III ; je jette un coup d’œil à Baptiste de temps à autre, ravi d’être ici me semble t-il.

Acte IV. Je termine sans aucune conviction, mon développement se résume à un « biscuit (le terme exact était dino[saurus]) tout pourri qu’on aurait oublié au fond d’une armoire ». J’ai hâte d’entendre Baptiste, emplit de vivacité à cet instant, aux prises avec le K.

Je décide d’assister au dernier mouvement du spectacle, ma journée de 8h30 d’épreuves s’achève, je respire. En bref, car je commence à sérieusement m’étaler, un rire véhément me fait éclater lorsque Baptiste entame l’une de ses analyses d’exemple parfaitement loufoque, un exemple comme seul l’estomac koppistique peut en digérer. Je quitte la salle dans la précipitation, les larmes aux yeux, les nerfs en compote, mais soulagé d’en avoir fini, enfin, avec les khôles koppistiques.

Rideau.



Voir aussi, Billet d'humeur #12, pour le récit de Baptiste
La Grèce, 1 mois après

Je revois quelques bribes de paysages hellènes au détour d’une musique qui rythmait alors nos pérégrinations en bus, je revois défiler les vastes plaines monotones ceintes de montagnes, le dessin tourmenté des rocs le long de la route, je revois le soleil timide du matin colorer peu à peu les bâtiments anarchiques d’Athènes.

Je revois ces sites formidables, ces sites inoxydables (paradoxal pourtant, pour désigner des ruines). Je manque toujours du petit quelque chose qui m’avait empêché d’être ébahi, violenté, par la puissance de ces monuments : quel meilleur prétexte pour y retourner !

Je revois surtout ces hypokhâgneux, surtout eux.

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