
29 avril 2007

28 avril 2007

La légende rapporte qu’on l’aurait retrouvé aux premières heures du jour au CDI, pantelant parmi les rayonnages de livres et grignotant avidement l’Ethique de Spinoza entre autres dialogues de Platon. Allez savoir quelles motivations lui a insufflé la koppistique…
Déjà une célébrité dans nos rangs, notre rongeur spinoziste a prévu de réitérer son expérience en cours ; par peur d’échouer au-delà des limites raisonnables des ouvertures vitrées de la salle, comme il a coutume de nous le dire, il ne se permettra pareille incursion qu’en philosophie : nous-mêmes doutons fort que la totalité de nos professeurs soient séduits par cet auditeur, bien que discret et notoirement attentif. Il n’y a bien que le K., me semble t-il, qui puisse intéresser un rongeur de 60cm, 60cm devant le bureau sacré de cette espace sacré du cours, esseulé et en première ligne, alors que tous les hypokhâgneux se sont retranchés à l’arrière du front…
Observez bien... 
De l’utilité du sandwich
(De utilitate sandwichibus)
De l’inutilité de l’hypnagogique
(De inutilitate hypnagogibus)
De l’utilité d’une khôle
(De utilitate khôla)
S’ensuit la préparation de cette khôle, absolument fantasmagorique. Devant les regards affolés de mon complice, je comprends aussitôt que son sujet ne lui a pas laissé grand-chose à se mettre sous la dent. Ou bien plus exactement à mettre sous la dent du K., qui avait l’air assez satisfait de disposer de tels « sujets » à cuisiner. Il faut dire que nous nous sommes chargés de cuisiner ceux-ci à notre manière, et que nous avons un peu raté la préparation du bain-marie philosophique pour nous contenter d’un quelconque brouet. Après avoir appris la création d’un nouveau parti politique, écouté attentivement une soprano qui chantait faux et quelques autres chansons pour nous motiver, nous entrons dans l’arène…

Malheureusement, toutes les bonnes histoires n’ont pas toujours de happy end. C’est ainsi que nous nous écroulons face au K. étrillant nos préparations « un peu pourries quand même » qui n’en étaient pas vraiment… La dernière chose à noter, c’est l’atmosphère de nos deux passages, à Yannick et à moi. Une sorte de chant du cygne un peu désespéré pour lui (pas aidé il est vrai par ma présence au fond de la salle) et une bataille perdue d’avance pour moi (encore moins aidé par les rires provenant du fond de cette même salle, je ne vous dirais pas de qui). Je m’écoute débiter des phrases vides de sens, le K. ne me laisse pas inscrire moi-même ma note, même si je le dispense de mon « exposé ». Mais après tout, ce n’est pas le plus important. Ce qui a régné quelques instants pendant cette khôle, c’est le passage de l’esprit, la satisfaction de tenter quelque chose, d’avoir été au combat, malgré la fatigue et la préparation assez singulière… dont nous nous souviendrons longtemps !
Je ne sais pas si j’ai vraiment réussi à « rendre » l’ambiance de cette khôle mais je pense que mon camarade en parlera et ne manquera pas de corriger mes omissions et mes imprécisions. Un grand moment de l’année, malgré tout…
* Tous les mots entre guillemets sont propriété du K.
27 avril 2007

22 avril 2007
Ultime tentation en ces jours lumineux, la grande fête foraine de Nancy, qui a colonisé toute l’étendue de l’immense place Carnot, à deux pas du lycée. Non contents d’avoir la cervelle ramollie par un soleil bien persistant en cette mi-avril, nombre d’hypokhâgneux n’ont pas tergiversé longtemps pour savoir s’ils violenteraient leur estomac sur de frêles wagonnets voltigeurs. Je n’étais pas là le fameux soir où le Roy a défié ces manèges mais d’après ce que ses fidèles sujets m’ont rapporté, il a été fabuleusement impérial, d’un calme à toute épreuve. (Pour preuve, juste avant le décollage de Zurich pour Athènes, tandis qu’une vive appréhension saisissait les esprits ou novices, ou rebutés par la chose, le Roy était absorbé par quelques lignes de petit grec !).
Nous y retournons vendredi, le daimon de notre chevelu vosgien préféré est intenable, tout excité à l’idée de se dégoter de la barbe à papa… nul doute que l’oraison funèbre de Jean Moulin entendue plus tôt dans l’après midi pendant le cours de français lui a ouvert l’appétit. Que dire alors de L. qui s’extasie devant quelque sucrerie en chocolat en « forme phallique », d’après ses propres termes ; l’appétit y était, et cette semaine d’ailleurs, était en tout point copieuse.Difficile de reprendre un véritable rythme toutefois, le soleil a relevé l’ambiance, les jours mornes se sont évanouis, l’air est jovial, beaucoup trop parfois pour se lancer dans des travaux vraiment sérieux et contraignants. L’internat étouffe, harcelé sans répit par des rayons solaires qui pactisent vicieusement avec nos larges vitres, il est très tentant, trop tentant, d’abandonner quelques temps sa table de travail pour se ragaillardir au grand air. On sait que la fin est proche, même si on n’ose se l’imaginer, même si on ose à peine le dire, et je sais que chaque moment est précieux, chaque journée, chaque heure de cours…
21 avril 2007
Baptiste est un homme préoccupé. Angoissé même. La faute à l’hypokhâgne, qui accapare son esprit et sa disponibilité, son calme et sa tempérance. Il semblerait presque serein mais je vous l’avoue, il n’en est rien : la faute à l’hypokhâgne ? Oui et non. Car notre Baptiste mène une quête intime et réfléchie, mystérieuse et noble tout à la fois, il lui faut élucider cette question qui ne lui laisse nul repos, cette question qui ébranle son être et ses facultés, cette question intarissable et saisissante : mais où trouver un sandwich avec des boulettes de viande et de la sauce tomate ?
Je l’écoute s’épancher sur le « sandwich (prononcez « sand…WICHUM ») avec des boulettes de viande ET de la sauce tomate » pendant que j’entame du grec, un peu comme s’il me décrivait un objet sacré et mystique et c’est alors que je me dis : « que c’est bon d’être à nouveau ici ! ». Ainsi, par pitié pour mes futurs exercices hellènes, je vous demande solennellement de nous révéler la position de tout « sandwich avec des boulettes de viande (et toujours de la sauce tomate) » que vous pourriez rencontrer, quelle que soit l’heure ou le lieu : nous sommes prêts à tout pour parvenir à nos fins.EDIT : j'ai corrigé mon incommensurable erreur : il s'agit en fait d'un sandwichum avec des boulettes de viande... ET de la sauce tomate. La sauce tomate fait tout, selon Baptiste, aucun intérêt autrement. Allez savoir...

11 avril 2007
Quiescere ?
Calme plat troublé par de fugaces envies d’entamer sérieusement tous les impératifs qu’on nous a confié pendant les vacances. Je me remets à peine d’une superbe bronchite doublée d’une belle sinusite qui a égayé la première semaine de congé et une bonne partie de la seconde. Les microbes les plus malins semblent s’acharner sur ce qu’il reste d’énergie à un hypokhâgneux après 5 semaines de cours !
08 avril 2007
07 avril 2007
Sûrement penseront-ils à l’avenir que les hypokhâgneux sont fous, réellement fous ! A table avec des secondaires un midi, aux côtés de Thibaud, le plat principal arrive, l’on se sert ; c’est alors que je demande aux lycéens « Quelqu’un veut-il faire une prière ? Personne ? ». Moment de doute chez les lycéens, je joins les mains contre mon front et dans cette posture de recueillement, j’entame mon « Orate fratres mei » (Prions mes frères !), mixture infâme de latin et de français, il faut le préciser. De même, je marchais avec le Roy quand soudain l’envie féroce de conjuguer des verbes en –mi type didomi nous saisit… Là encore, des secondaires heurtés s’emmitouflaient dans leur habit de perplexité.
Cultivons-nous notre « pet-au-casque » ? Cultivons-nous notre esprit de folie ? Sommes nous vraiment irrécupérables pour la vie civile ? Je doute que je puisse me passer un jour de ces délires hypokhâgneux ! Ici, tout est permis, ou presque…04 avril 2007
De l’inutilité d’un internat vide
(De inutilitate penatibus inanibus)
Bonjour tristesse. Le joli titre de Sagan aurait pu très bien s’appliquer aux soirs de cette semaine, quelque peu morose, il faut bien le reconnaître… Pas de musique de chambre résonnant dans les couloirs (on remarquera que l’expression musique de chambre peut qualifier doublement les sonorités émanant de la chambre du roi, au propre comme au figuré…) ou de possibilité d’assister au travail de mon cher Yannick en salle… Habitude que je lui ai néanmoins empruntée pour commenter en quelques pages la signification du célèbre : « Entre ici, Jean Moulin... », mais ceci est une autre histoire. Je me vois donc dans l’obligation d’avouer que je dois une partie de ma survie à la nourriture et au célèbre BBNC… Beignet Banane Nutella Coco… Cette boulimie passagère était destinée à combler l’absence trop visible, car ils furent trop invisibles, mes hellénistes préférés…
De l’utilité du téléphone en philo
(De utilitate telephone in philosophia)
La rencontre tant attendue entre les deux Grèces n’a pu avoir lieu… Tout avait pourtant été minutieusement préparé entre le Comte de 206 et le Duc de 204… L’heure (midi), le lieu (commun puisque nous étions tous deux en Grèce)… C’est ainsi qu’un appel téléphonique devait originellement parvenir en salle 227 pour permettre la coalition des deux mondes, ce qui eût été appréciable… Las ! Des difficultés techniques ne nous ont pas permis d’établir la connexion souhaitée… L’occasion pour nous de maudire les réseaux de téléphonie internationaux, ils n’ont pas l’Esprit eux ; sinon ils se seraient empressés de la transmettre, cette communication… Cruelle déception pour nous, défenseurs de l’Esprit hypokhâgneux avant tout… Il faudra remettre cela à plus tard, lorsque tous les hypokhâgneux auront retrouvé « leur » Grèce antique. A défaut d’avoir pu concrétiser l’expérience, il n’en reste pas moins cette impression d’avoir essayé d’être Latins ou Grecs jusqu’au bout, même à quelques kilomètres de distances…
De l’inutilité du lapin de Pâques…
(De inutilitate pecude pasquarum)
Et pendant ce temps à Vera Cruz : notre vénérable Père Ke. imite Coluche (« Fumer du hakik avec les biknik non »), l’ouzo est quand même meilleur que le Pastis (je remercie d’ailleurs mon cher Yannick de m’en avoir offert une bouteille), et définitivement non, je ne sais pas lire de textes érotiques (dixit le K.)…

Les ruines ne sont souvent pas celles que l’on espère : si le temps a épargné quelques vestiges antiques, il n’accorde aucune rémission aux bâtisses de notre ère, les plus anciennes d’entre elles décrépissent à vue d’œil. Certaines accusent un manque de fraîcheur, d’autres sont désaffectées et attendent le coup de grâce ; au contraire, de nouvelles constructions les narguent copieusement, fortes de leur jeunesse : Athènes est cet enchevêtrement inconcevable de bâtiments, anciens et récents, de quartiers résidentiels qui côtoient des usines et ainsi de suite. Depuis la fenêtre du bus, qui navigue sur de grandes voies de pénétration à travers la ville, je m’imprègne de ces images dépaysantes. Voilà ma première expérience de la mondialisation : je doute désormais qu’Athènes soit une ville grecque, avant d’être une ville monde.
Les mêmes enseignes, les mêmes comportements, les mêmes auto, partout. Des marques françaises, allemandes, américaines en pagaille, il n’y a bien que l’architecture typique, avec ses édifices angulaires soutenus par des colonnes, ainsi que l’alphabet grec, qui distinguent cette ville d’une autre.
Afin d’assurer le ravitaillement en Ouzo, sorte de vin local qui ressemble à s’y méprendre à du pastis, nous avons exploré des quartiers sales et parfois glauques. Loin des sentiers touristiques balisés, c’est là que nous avons découvert un autre visage d’Athènes, peu flatteur, l’image d’un pays encore double, prolifique d’une part, misérable de l’autre. Nous aurons donc touché à toutes les facettes de cette cité, Athènes historique, Athènes moderne, Athènes archaïque…03 avril 2007
« Me voici à Epidaure, dans ce fameux théâtre, je suis ravi que les hurlements de ma meute se répandent distinctement dans cette enceinte : pourquoi aller au centre et réciter ou lire un passage d’une œuvre lorsque je peux m’exhiber et gesticuler devant le public, sans rien prononcer et sans aucune prétention ? Aux vers grecs je préfère l’hymne de notre victoire à la coupe du monde, j’ai toujours soutenu que les onomatopées étaient bien plus élégantes qu’un mètre iambique. Je suis à la page, mais ridicule : j’exulte.»
Leitmotiv de notre séjour : l'italien au caleçon zébré02 avril 2007
J’aurais donné n’importe quoi, ma gourde, mon appareil numérique, mes lunettes de soleil, n’importe quoi, pour goûter à un cours de philo’ en ce lieu, et ne croyez pas que j’étais le seul à nourrir une pareille envie. Tout aurait sans doute été différent si quelqu’un avait à ce moment introduit un peu de mystique dans ces cailloux, tout seul, j’en étais bien incapable… Alors, j’ai délaissé mon « immortaliseur de trucs grecs gigantesques » pour m’asseoir avec Thibaud aux côtés d’une jeune seconde de notre groupe, occupée à faire vivre sur le papier ces ruines que nous avions à portée de regard. Elle, sans doute, avec son coup de crayon et son approche artistique, était la plus proche d’un semblant de quelque chose. Je sais que j’y retournerai, j’éluciderai ce quelque chose… Comme un idiot, j’ai contemplé le Parthénon de longues minutes.Je suis frustré, peut-être même déçu, je ne peux pas dire que nous n’avions pas été prévenus : «l’esprit grec antique n’est pas en Grèce» nous disait le K. ! Je comprends maintenant. Cet esprit grec antique vit en ceux qui le révèlent à travers les textes, non pas en ces visiteurs, barbares de l’ère du numérique, qui ne réclament rien d'autre que des colonnes spectaculaires. Je veux y retourner, pour réunir les deux, et la mystique, et ces ruines éternelles.

J’en attendais peut-être trop ou plutôt, j’espérais trouver autre chose en Grèce. Nous avons parcouru tous ces sites qui font la félicité des marchands de tourisme, nous avons vu l’Acropole et Athènes, Delphes et Epidaure, nous avons tenté de voir plus que des pierres éparses en ces ruines. Rien n’y a fait, malheureusement, la dimension mystique qui pénétrait ces monuments est morte, et nous n’avions pas les instruments nécessaires pour l’exhumer.
Et que dire de ces hordes de touristes rivés à leurs appareils numériques et qui mitraillent les sites ! Et je pose devant telle colonne, devant tel parvis, oh, ces sculptures sont vachement bien, pose avec ! Doigts en V ou pouce levé, il faut choisir. Et un sourire. Je ne me dédouane pas pour autant, nous aussi avons pris la pose, et plus d’une fois ; mais enfin, il faut bien ramener du souvenir à l’état brut ! Une impression amère me reste : un monument ou un temple semble estimé à la hauteur des pierres qui restent debout.
Magnifique, impressionnante, l’Acropole, caressée par des rayons perçant de lourds nuages qui semblent exprimer la volonté divine. Le lieu est étrange, il émerge au centre de la cité, seule dépression pourtant dans la vaste plaine d’Athènes, tout porte donc à croire qu’il est le fruit des dieux. Le Parthénon, immuable, imposant, capte le regard et les objectifs. Et en observant attentivement, on peut distinguer les fines gravures qui ornent le temple. C’est sans aucun doute l’attraction phare, celle qui subjugue les touristes consommateurs, la Tour Eiffel grecque en somme ! On ne peut pas reprocher aux grecs de vivre du tourisme, certainement les poumons du pays ; mais enfin, j’ai failli me perdre dans ce flot intarissable et me confondre dans la masse des preneurs de souvenirs.[...]
01 avril 2007
Nous avons tous des points de vue différents sur cette année, nombre de mes amis nous quittent d‘ailleurs au mois de juin, et néanmoins, un sentiment inexplicable semble nous pénétrer tous, un sentiment fusionnel ou quelque chose de cet acabit. Oui, j’aime l’hK mais j’aime infiniment plus tous ces hypokhâgneux, qui animent mes journées, qui me font rire ou m’agacent parfois, me choquent et m’enseignent, me bousculent et m’aident. L’Esprit, ce n’est donc pas uniquement se délecter de la lecture de Proust, ni même souffrir pour persévérer dans une discipline, j’ai compris que c’était avant tout la cohésion et l’amour inhérent à un groupe. L’Amour, un amour fou ! Et laissez moi espérer que pour toujours, nous serons hypokhâgneux…
Basileuj basileuei
Eh bien, transcendant la pomme de discorde footballistique et ne prêtant pas même attention à ces basses questions, le Roy, fort de son autorité, décrète qu’il irait se promener seul et sur la plage. Quoi de plus lyrique en effet, et de plus inspirant qu’une échappée solitaire sur ce sable à quelques foulées de son lieu de villégiature. La démarche s’inscrit dans la lignée des gestes royales, nous en conviendrons.

Les ministres s’inquiètent cependant quand 1h du matin arrive, que quelques minutes défilent encore et que leur Roy n’a toujours pas regagné ses appartements. C’est alors qu’ils engagent une expédition de recherche, s’enfonçant dans la pénombre, tandis que le Roy, lui-même, les manque de peu, cheminant vers l’hôtel de la façon la plus sereine qui soit. Calme et sérénité, les apanages royaux, tout le contraire des sentiments qui transpercent l’un des ministres à la vue du Roy, dont la silhouette tranquille se détache peu à peu de l’ombre : ce ministre, que nous ne nommerons pas, tiraillé entre agacement et inquiétude, se précipite sur notre pauvre monarque, vociférant des paroles absolument injurieuses, et promettant de « mettre le Roy à la flotte s’il le chopait ».
S’ensuit une course haletante entre galets et détritus échoués, notre Roy est poursuivi par son fameux ministre, lui-même suivi par l’un de ses collègues dévoué à la même cause, tous deux talonnés par un troisième ministre qui veut les empêcher de nuire à la sèche intégrité royale. Le Roy échappe de peu à cette infâme conjuration et comme le prétend la légende, on lui impute cette phrase : « Laissez moi, je suis un homme libre ».
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