LundiEn plus de nous laisser des autorails qui égaleraient à peine les fleurons d’antan de l’industrie soviétique, à Metz, la SNCF se plaît à accueillir les sarregueminois sur le quai le plus loin de la correspondance pour Nancy. Voie 9. 3 minutes à peine pour rejoindre le quai numéro 2, descendre des escaliers, 100 mètres de course slalom, remonter des escaliers, le tout affublé d’un sac bourré de classeurs et autres livres de latin (un peu de matériel de survie également). Ce n’est donc plus à démontrer, la SNCF prend soin de la ligne de ses usagers. Récompense suprême : atteindre Poincaré dans les temps, histoire de profiter de la belle cour et du dernier numéro du Point (oui R. je sais, ton père est abonné).
A peine le temps de s’échanger les derniers
« potins » du week-end et c’est parti pour deux heures d’histoire, que nous ne verrons pas s’écouler comme à l’accoutumée. Du grand cours, comme toujours.
Seconde course slalom de la journée vers la file de la cantine, évidemment, déjà prise d’assaut par les autres estomacs préparationnaires de Poincaré. Le jour où nous mangerons à une heure décente, G. règnera vraiment sur un royaume et des sujets…
Latin, leçon sur les pronoms et adjectifs démonstratifs expédiée encore plus vite qu’il ne faut pour s’imaginer le nez dans sa grammaire. Qui a dit que le latin était une langue morte ? C’est un de nos cours les plus dynamiques (excepté peut-être quand notre roy est au tableau…) et encore une fois, la prof’ nous a matraqué avec ces traditionnelles notions qui devraient être acquises mais que tout le monde maîtrise fort douteusement.
Illo tempore, quand nous fûmes au lycée, le latin était sensiblement moins stressant…
Français. Exception aujourd’hui, nous n’aborderons ni la scatologie ni la propension d’un auteur au sado-masochisme (j’exagère j’en conviens) en effet, c’est l’heure de vérité, l’heure où le prof’ doit nous rendre notre premier vrai DM. Soit la somme de beaucoup d’heures de recherches et de travail…
Première note largement en dessous en de la moyenne depuis des années. Soupir. Je ne peux même pas dire si je suis déçu ou frustré. On s’y attend nécessairement à ce genre de note. L’orthographe m’a plombé, et dire que j’aurais eu la moyenne, l’addition de toutes des scories bêtes et récurrentes est salée, je ferai bien plus attention la prochaine fois.
L’orthographe, « c’est un combat » (dixit M. Ke.) Ceux qui n’ont pas leurs copies tâchées par les fautes s’en sortent plutôt bien, c’est encourageant.
Après deux heures de grec, un début de soirée et un repas comme d’habitude, je m’en vais dans une salle du lycée pour bosser en paix. Une ECS, très sympathique au passage, habituée de cette salle, est déjà aux prises avec une version d’espagnol. Je dois penser aux 4 proches DS qui nous attendant, sans oublier le sujet de philo, peut-être un peu plus attrayant que le précédent : « l’âme et le corps ». Je me demande d’ailleurs quand ce phénomène de K. va définitivement guillotiner notre intérêt pour la philo’ en nous rendant notre premier devoir. Affaire à suivre. Une douche chaude, et c’est reparti pour une heure de latin.
La phrase du jour : « Amare amabam » (dixit St-Augustin) (« J’aimais aimer »)
MardiRien de tel qu’un peu de scansion latine pour attaquer une matinée du bon pied. Virgile qui plus est (Arma virumque cano…) nous sommes gâtés. C’est impressionnant ce que nous avons déjà travaillé en latin cette année, si seulement nous avions bossé de la sorte depuis la cinquième, nous aurions un niveau digne de latinistes hypokhâgneux ; mais nous y travaillons, nous y travaillons !
(Cicéron, pardonne nous si tu te retournes dans ta tombe)Arrivent les deux heures de philosophie ; l’occasion pour certain(e)s de récupérer de la soirée d’hier, concert d’
Emilie Simon oblige (eh oui, j’ai osé manquer Emilie Simon aux Nancy Jazz Pulsation) l’occasion pour d’autres d’avoir une énième fois le sentiment de « pédaler dans la choucroute ». Disons plutôt que nous sommes beaucoup à ramer dans un océan de choucroute, je ne me sens donc pas esseulé, ces eaux d’incompréhension sont très fréquentées. Mais après tout, « c’est bon de pas comprendre ». Consolons nous avec les imitations d’anthologie de B., qui, il faut l’avouer, est de plus en plus à l’aise de son registre koppistique.
Au menu aujourd’hui, les affects chez Spinoza. Bout de lard qui ballottera en plus dans l’océan choucroutesque ou compréhension même partielle ? Pour une fois, compréhension presque partielle, nous pouvons aller mettre en œuvre le « conatus » dans les parages de la cantine l’esprit tranquille. Les philosophes nous assènent de théories inextricables concernant l’âme ou le corps, qu’en est-t-il de l’estomac ? (Tiens, encore
« quelque chose à faire »).

Retour en cours à 16h avec de l’anglais, plus précisément de l’alphabet phonétique, chose fort étrange qui en laisse perplexe plus d’un. C’est qu’il faut préparer le DS de vendredi… il va falloir aller la chercher cette note ! Après le cours, je croise par hasard Anne-S., éminente khâgneuse (j’insiste). « Billy », PC parmi les grands PC débarque, nous exhortant à participer à une soirée mardi prochain (
LA soirée évidemment), malheureusement, avec 7h en tout de DS le lendemain qui plus est pour le « dernier jour » avant les vacances, c’est pour moi impossible. Sacrifice, ô sacrifice ! Il faudrait qu’on nous remercie un jour de pérenniser les langues anciennes… Ce « Billy » m’avait d’ailleurs exposé sa technique, infaillible, pour détecter les hypokhâgneux : « c’est simple, il y a un style hypokhâgneux, ils sont tous mal fringués ». Ce type vous détecterait un hypokhagneux dans une meute d’autres préparationnaires ; fort, vraiment fort ! Je ne suis pas vraiment en accord avec cette conception…
Après un repas des plus raffiné, disons plutôt, qui nous a satisfait en nutriments, je m’en vais retrouver Lénine, Bakounine et toute la bande. Premier DS d’histoire demain, ça va barder…
La phrase du jour : « Pour être philosophe, il faut être une vache. Nietzsche entend la faculté de ruminer, comme une vache qui « STUPEO », hébétée, regarde les trains passer. Il faut être bête pour comprendre. »
MercrediPremier DS d’histoire ce matin, un sujet semble t-il faisable qui recoupe assez ce que nous avons abordé en cours : l’Europe au début des années 20. J’ai néanmoins l’impression d’avoir mené mon devoir d’après un plan bateau,
« rien de transcendant », même je dominais très bien le cours. Encore une tôle en prévision ?
Je commence à ressentir toute la fatigue accumulée, le week-end ne suffit plus pour tout rattraper. C’est flagrant lorsqu’il faut se concentrer sur son fameux alphabet phonétique anglais après une grosse journée de cours ! Et pourtant, déjà mercredi, le temps semble contracté en HK si bien qu’une semaine s’écoule à la vitesse de l’éclair. Encore 4 DS à préparer, 2 vendredi, 2 autres mercredi prochains, de quoi ne pas rattraper son sommeil…
Dans le couloir de l’internat après le latin, B. a encore une fois été très inspiré dans son imitation de K., tout en savourant ses tartines au nuttela ; je rigole toujours, c’est plus fort que moi :
« le Nutella, CE N’EST PAS de la pâte à tartiner, C’EST l’actualisation de la puissance d’être du pain harris 100% mie ». D’où la question ontologique du jour ; comment fabrique t-on du pain sans mie ? Eh oui, qui a dit que les hypokhâgneux se violentaient l’esprit par leurs réflexions ?

En attendant d’autres pensées aussi transcendantes, je me plonge dans cette redoutable phonétique avant de m’attaquer à la troisième déclinaison grecque.
« Y a des jours comme ça », on ne fait rien que ce que l’on aime…

Phrase du jour : « Je sais que je suis là pour souffrir mais je crois que j’assume pas totalement mon masochisme. Ah si, j’suis heureuse, j’ai eu 4 en espagnol » (dixit une anonyme)
JeudiAprès avoir passé toute la soirée sur l’anglais et le grec, je me décide à rendre les armes. Il est 22h45, c’est
l’effervescence dans le couloir de l’internat, « le bordel » en somme ; grâce à de la bonne musique, je parviens à m’isoler un tant soit peu… Comme je l’ai dit hier, la fatigue se fait vivement ressentir, je suis littéralement tombé sur mon lit en rentrant de la fac. La fatigue, c’est une condamnation à l’inefficatité. On a beau passer 2h les yeux rivés sur des déclinaisons (toujours elles, je vais finir par décliner même mes haricots à la cantine) absolument rien ne pénètre, malgré la bonne volonté. C’est la désagréable impression de se sentir saturé et au bord de l’indigestion. Rien ne sert alors de rentrer quelques maigres connaissances dans son esprit, même à coups de marteau burin…
Le cours de philo a été animé d’un grand débat (unilatéral il faut l’avouer) au sujet des animaux ; débat qui s’inscrivait dans l’étude du regard chez Sartre, encore tout un programme ! Des hypokhâgneux ont essayé de faire comprendre à K., ou plutôt de le « sensibiliser » au fait que les animaux pouvaient faire preuve « d’intentionnalité », tout particulièrement F. qui a tenté de mettre en lumière « l’intentionnalité » de son chien, qui cache le papier d’une tablette de chocolat alors qu’il s’est dûment régalé de son contenu. Question qui me vient rétrospectivement à l’esprit, comment un chien est-il en mesure d’ouvrir une tablette de chocolat ? (Preuve irréfutable d’anthropomorphisme selon B. !) D’aucuns me rétorqueront que ce sont pourtant des marmottes qui emballent ce chocolat ; oui, mais tout de même ! Bref, la répartie de K. a définitivement détruit notre belle et saine conception des animaux domestiques : « les propriétaires d’animaux ne savent pas ce qu’ils possèdent, ils possèdent leur propre désir d’animalité » ou encore « c’est grave la pathologie de posséder des animaux ». De surcroît, nous avons appris que notre rapport au cochon n’était rien d’autre qu’un rapport unilatéral, chose bonne à savoir, il faut le souligner.
Le jeudi après-midi est toujours l’après midi « récréation » que nous autres optionnaires de Lettres Classiques sommes tenus de passer à la fac. 2 heures de linguistique éprouvantes, déjà parce que ma voisine meurt d’ennui et ne cesse de gesticuler mais aussi du fait de la densité et du rythme du cours
« coercitif » du cours. O. a failli réussir à m’apprendre à faire pirouetter un stylo entre les doigts, entreprise si utile tout le monde en conviendra, mais enfin, il faut bien agrémenter le cours… Mais ne fustigeons pas la fac et les faceux, je vais encore m’attirer les foudres de forts anciennes connaissances épris(e)s du campus de Nancy 2. J’admets volontiers que nombre d’autres cours à la fac doivent être autrement plus intéressants que la linguistique de langues obsolètes et que tous les étudiants à la fac ne sont pas des glandeurs invétérés !
L’hypokhâgneux râle un peu, il maudit à souhait les groupes d’étudiants qui ont eu le loisir d’aller aux Nocturnes Etudiantes jeudi alors que lui devait travailler, mais dans le fond, outre les circonstances atténuantes, il se complait bien dans son statut…
La phrase du jour : « dans mon cul où il se trouve, on ne peut pas demander à M. Jean Baptiste Sartre ni d’y voir bien clair ni de s’exprimer nettement » (dixit Céline)
VendrediJe me retrouve une énième fois dans ce train bondé du vendredi, les bagages s’entrechoquent, les personnes s’ignorent, je suis absent au milieu de ce tableau si banal du retour au bercail.
Retiré derrière mes écouteurs, je contemple la semaine qui vient de s’écouler au gré de la musique, et j’en tire toujours la même impression, que les heures et les journées se pressent de plus en plus vite, le temps est plus que jamais insaisissable, il faut gérer pourtant. Je m’imagine hébété, l’air vide, focalisé sur le paysage ou le plafond, je pense à cette semaine, et quelle semaine, qui vient de fuir à toute vitesse.
Aujourd’hui, ce vendredi, était une de ces journées à laquelle on s’attend en s’engageant en hypokhâgne. Le carnage, la tuerie. En anglais, je n’avais jamais pensé que je subirais un tel désarroi face à un devoir… c’est bien fini le temps du « je viens les mains dans les poches » (quoique pas pour tout le monde !) Juste après, encore 2h de grec pour asseoir l’idée dans son esprit que décidemment, « c’était pas la semaine ». Et toutes ces notes aussi misérables les unes que les autres qui vont nous dynamiter sur place ; avec un peu de chance, en cumulant mes notes de 3 DS avec celles de T., nous arriverons peut-être à 20…
Un DS en HK est une bombe à retardement : on fait tout pour éviter qu’elle n’explose, on déploie tous les moyens possibles pour se préparer, mais au final, tout nous saute à la figure quelques temps après avoir amorcé la charge. Nous sommes des
kamikazes, et comme tous kamikazes, nous nous assumons.

Point positif, j’aurais eu le temps de raconter une semaine d’HK à Poincaré, je ne sais pas si c’est différent ailleurs, je ne sais pas si c’est bien pire ailleurs, peu importe, ce fut une bonne semaine, riche en enseignements, en déceptions aussi mais en bons délires hypokhâgneux malgré tout. Semaine heureuse voire parfaite pour d’autres, je pense à B., permis le lundi, majoré en français le même jour, majoré en latin pour l’instant et le fin du fin, petit déjeuner à l’Excelsior jeudi matin alors que je me débattais avec la langue grec. Heureusement qu’il est là mon voisin B., même si je ne monterais jamais avec lui dans cette bête de tôle qu’il maîtrise un (tout petit) peu mieux que l’Etre et le Néant, nous délirons excellemment, de tout, de rien, du néant…
La phrase du jour : (A l’internat entre midi, J., khâgneux, pointant du doigt une anthologie de Gargantua/Pantagruel que B. tient entre ses mains) « Tu te prostitues B. ! »