Tir au but au bout de la nuit

A se demander s’il n’est finalement pas plus facile de sortir d’un Euro que d’une Khâgne. Les joueurs de l’équipe de France n’ont pas été confrontés à notre problème. Non, eux ils sont partis comme ça, brutalement, après trois brefs coups de sifflet d’un arbitre slovaque (je pourrais dire italo-slovaque mais ça ferait jaser). On ne les avait pas prévenus de la date de leur départ, même si certains ont du commencé à douter quelque peu, après les Pays-Bas…
En ce qui nous concerne, elle était prévue depuis belle lurette, je ne saurais vous l’indiquer avec exactitude mais je me souviens que lors d’un cours de Français, nous avions coché le 16 juin, en nous disant que « de toute façon, à cette date-là, il n’y aura plus rien à faire » et que l’ « on sera parti bien avant ».
Oui et non. Il est vrai que, lorsque les Saturnales sont terminées, le Khâgneux que je suis a pu éprouver une certaine finitude, voire une sorte de soulagement d’avoir « bouclé » cette tâche rituelle, en même temps que l’obtention, somme toute satisfaisante, de son année de licence.
Mais personne ne veut partir bien avant. C’est pourquoi le quatrième but des Pays-Bas ne m’a fait ni chaud ni froid, à moi, moi qui ai pourtant suivi dans la salle télé du lycée ou dans ma propre salle télé (grâce à un valeureux adaptateur TNT USB) tant de matches avec passion, parfois au détriment je dois l’admettre, de mon voisin de chambre qui était obligé de s’aventurer dans les confins du bâtiment pour trouver un peu de calme… Après tout, qu’est ce que ça pouvait faire de perdre l’équipe de France pour un mois ou deux, le temps qu’elle se reconstruise, elle en retrouvera bien une, de compétition internationale…
Mais le khâgneux, lui, ne retrouve plus « sa » Khâgne, même s’il khûbe… Equipe de France, Khâgneux, même combat : c’est bel et bien la fin d’une époque… Le joueur que je suis va être transféré du FC Khâgne à l’Association Sportive de la Fac sans indemnité de transfert, et pour cause, nous y sommes forcés. Mais alors que certains tentent leur chance dans les grands clubs (ah, Paris, le Real Sorbonne ou le Sorbonne United), d’autres se cantonnent pour une année encore à leur province plus modeste, en se demandant s’ils oseront un jour franchir le cap.
Pourquoi le Khâgneux ne veut-il pas partir ? Beau sujet, qui mériterait d’être maintes et maintes fois débattu. Sûrement parce que, quand il part, il est débarrassé de toutes les contraintes qui pouvaient peser sur lui quelques semaines auparavant et qu’il ne veut retenir que les bons moments… Je me souviendrai donc de cette dernière nuit où j’allai une ultime fois saluer le Roy en tentant d’emporter avec moi quelques morceaux de cette atmosphère emprunte de musique classique. Je me souviendrai aussi pour longtemps de ce République Tchèque – Turquie où Yannick prévenu par mes soins accourt pour constater la remontée des Turcs (menés 2-0, revenus à 2-2) et n’arrive dans la salle que pour entrevoir leur victoire. Le Khâgneux est-il dans la situation du Tchèque, pourrions nous nous demander ? Très certainement. Il s’imagine trop longtemps pouvoir mener le jeu avant d’être emporté par lui, et de perdre. Mais là où il y a encore un point commun avec le football (et il n’est pas négligeable), c’est que le Khâgneux profitera de son expérience, plus tard…
Partir, parce qu’on a trop envie de rester aurai-je pu dire. Mais c’eût été malhonnête. Il faudrait dire alors : partir alors qu’on aurait peut-être pu rester, mais qu’on ne le souhaite pas. C’est moins facile à retenir. Mais alors que faire ? Evoquer le futur ne me semble pas indispensable à cet instant, je préfère remercier ces deux ans pour toutes les émotions qu’ils ont pu me procurer, ce blog, son propriétaire et en cet instant je voudrais avoir une pensée émue pour ces gens de l’internat qui ont égayé mon année. Je clos donc cet article en remerciant Monsieur Nicolas N. qui s’est révélé plus sympathique que ses prises de positions politiques (il n’y a pas que dans le football que l’on peut chambrer, qu’il me pardonne), Monsieur Pierre K. pour sa musique, sa bonne humeur et cette danse si caractéristique, Mademoiselle Fanny B. pour m’avoir gentiment cédé sa cinémathèque, Messieurs Benoit C. et Benjamin V., les économistes et je ne veux pas conclure cette liste un peu longue (mais nécéssaire) sans citer particulièrement un futur journaliste de « l’Equipe » Monsieur Anael A. à qui je dois le foot dans le couloir, les pizzas, les matches, le Droit de Savoir avec Jojo le lapin et bien d’autres choses… Et évidemment, Maeva, Charlotte, le Roy et mon cher Yannick.
Ce n’est peut-être pas mon dernier article sur ce blog, mais je pense que ce sera le seul à atteindre cette longueur, peut-être parce que l’essentiel y a été dit et qu’il va falloir passer à de nouvelles aventures…
la vie passe… le sang passe… il emmène… (Conclusion de Féerie pour une autre fois)

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