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Monkey'z (h)K v.2.0

29 juin 2008

Res Gestae


Panorama de nos derniers faits d'armes de khâgneux, dans les murs du lycée...


Jouer au ping-pong avec un Gaffiot






J'ai dit : AVEC !








Graisser les portes du lycée











Ecrire une ode à notre sémillant professeur d'anglais...


Mais d'abord, la source de notre inspiration :


POEM by Roger McGough


Las Vegas

Crass Vegas

Nothing can surpass, Vegas


Las Vegas

Brass Vegas

Where they paint the grass green, Vegas


Las Vegas

Alas, Vegas

Head in the oven, switch on the gas, Vegas





POEM by 8645


Las Vegas

Plexiglas

Take a glass, Vegas


Michel Jonasz

Joins the party Baas

In Iraq there's no grass, Vegas


Joint de culasse

Goffart is super classe

Take a tie, eat a tapas, Vegas




Proposer un devis de réhabilitation des chambres 201, 203 et 205 en loft au terrible mais sympathique CPE chargé de l’internat... (envoyé par la Poste... nous ne sommes pas encore fous !)


Zoom





Ce que nous n'avons pas mené à bien faute de temps : dormir une nuit dans une salle de cours, faire faire un tour de manège à Félix Gaffiot et Actus Man (OU BIEN dans un camion de pompier ou BIEN sur le dos de San Goku)...


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23 juin 2008

A l’horizon



L’internat est maintenant vide de ses khâgneux, je ferme une dernière fois la porte de ma chambre en synchronisation parfaite avec Baptiste. Hier, c’était la dernière douche, et le dernier ceci, le dernier cela. Et les dernières errances de l’objectif à travers les murs secrets du lycée. Je voudrais rapporter une anecdote croustillante, comme aux grandes heures, mais je n’en trouve pas, je n’en trouve plus. La khâgne, totale, mourante et défigurée, expire enfin.

Ultime soirée, dans les Vosges et parmi les Vosgiens. Les khâgneux sont là, presque tous. 3h du matin, on se dit « au revoir, à bientôt » sans croire que l’on prononce vraiment ces paroles, sans croire que c’est bien un « au revoir ». Le chemin unique, soudé pendant deux ans, implose en une multiplicité de trajectoires. Merci, merci à vous tous ! Merci à vous, lecteurs, à vos commentaires, à vos mails, à vos encouragements. Et merci, surtout, à vous qui êtes la matière ce blog, mes amis khâgneux, mes khâmarades, tous ces mots et toutes ces photos existent grâce à vous…












Il aurait pu y avoir un « Monkey’z (h)K3 » dans l’optique d’une année de khûbage. Il aurait pu y avoir un « Monkey’z Semper HK », comme je l’avais pensé, mais je n’ai guère envie de me résigner à la commémoration d’une époque révolue. Il n’y aura pas de déshypokhâgnisation à la manière d’une déstalinisation : tout est bien là et le restera. En revanche, il est fort probable que nous poursuivions « Monkey’z (h)K », en publiant des textes sur la réinsertion des khâgneux dans le monde des vivants. Il serait également dommage de ne pas faire profiter les lecteurs fidèles et rôdés à la mythologie du blog de nombreux écrits et photos encore inédites (car il y en a un bon paquet).

Et nunc ? Baptiste va semble t-il couler des jours paisibles en Lettres Modernes à la fac de Nancy tout en digérant les thèses médicales du Docteur Destouches, alias Louis Ferdinand Céline ; mais il le dira mieux que moi. Quant-à moi, j’ai demandé un transfert de dossier à Paris IV en Lettres Classiques : mais cela, c’est une autre histoire !



21 juin 2008

Tir au but au bout de la nuit


A se demander s’il n’est finalement pas plus facile de sortir d’un Euro que d’une Khâgne. Les joueurs de l’équipe de France n’ont pas été confrontés à notre problème. Non, eux ils sont partis comme ça, brutalement, après trois brefs coups de sifflet d’un arbitre slovaque (je pourrais dire italo-slovaque mais ça ferait jaser). On ne les avait pas prévenus de la date de leur départ, même si certains ont du commencé à douter quelque peu, après les Pays-Bas…

En ce qui nous concerne, elle était prévue depuis belle lurette, je ne saurais vous l’indiquer avec exactitude mais je me souviens que lors d’un cours de Français, nous avions coché le 16 juin, en nous disant que « de toute façon, à cette date-là, il n’y aura plus rien à faire » et que l’ « on sera parti bien avant ».

Oui et non. Il est vrai que, lorsque les Saturnales sont terminées, le Khâgneux que je suis a pu éprouver une certaine finitude, voire une sorte de soulagement d’avoir « bouclé » cette tâche rituelle, en même temps que l’obtention, somme toute satisfaisante, de son année de licence.

Mais personne ne veut partir bien avant. C’est pourquoi le quatrième but des Pays-Bas ne m’a fait ni chaud ni froid, à moi, moi qui ai pourtant suivi dans la salle télé du lycée ou dans ma propre salle télé (grâce à un valeureux adaptateur TNT USB) tant de matches avec passion, parfois au détriment je dois l’admettre, de mon voisin de chambre qui était obligé de s’aventurer dans les confins du bâtiment pour trouver un peu de calme… Après tout, qu’est ce que ça pouvait faire de perdre l’équipe de France pour un mois ou deux, le temps qu’elle se reconstruise, elle en retrouvera bien une, de compétition internationale…

Mais le khâgneux, lui, ne retrouve plus « sa » Khâgne, même s’il khûbe… Equipe de France, Khâgneux, même combat : c’est bel et bien la fin d’une époque… Le joueur que je suis va être transféré du FC Khâgne à l’Association Sportive de la Fac sans indemnité de transfert, et pour cause, nous y sommes forcés. Mais alors que certains tentent leur chance dans les grands clubs (ah, Paris, le Real Sorbonne ou le Sorbonne United), d’autres se cantonnent pour une année encore à leur province plus modeste, en se demandant s’ils oseront un jour franchir le cap.

Pourquoi le Khâgneux ne veut-il pas partir ? Beau sujet, qui mériterait d’être maintes et maintes fois débattu. Sûrement parce que, quand il part, il est débarrassé de toutes les contraintes qui pouvaient peser sur lui quelques semaines auparavant et qu’il ne veut retenir que les bons moments… Je me souviendrai donc de cette dernière nuit où j’allai une ultime fois saluer le Roy en tentant d’emporter avec moi quelques morceaux de cette atmosphère emprunte de musique classique. Je me souviendrai aussi pour longtemps de ce République Tchèque – Turquie où Yannick prévenu par mes soins accourt pour constater la remontée des Turcs (menés 2-0, revenus à 2-2) et n’arrive dans la salle que pour entrevoir leur victoire. Le Khâgneux est-il dans la situation du Tchèque, pourrions nous nous demander ? Très certainement. Il s’imagine trop longtemps pouvoir mener le jeu avant d’être emporté par lui, et de perdre. Mais là où il y a encore un point commun avec le football (et il n’est pas négligeable), c’est que le Khâgneux profitera de son expérience, plus tard…

Partir, parce qu’on a trop envie de rester aurai-je pu dire. Mais c’eût été malhonnête. Il faudrait dire alors : partir alors qu’on aurait peut-être pu rester, mais qu’on ne le souhaite pas. C’est moins facile à retenir. Mais alors que faire ? Evoquer le futur ne me semble pas indispensable à cet instant, je préfère remercier ces deux ans pour toutes les émotions qu’ils ont pu me procurer, ce blog, son propriétaire et en cet instant je voudrais avoir une pensée émue pour ces gens de l’internat qui ont égayé mon année. Je clos donc cet article en remerciant Monsieur Nicolas N. qui s’est révélé plus sympathique que ses prises de positions politiques (il n’y a pas que dans le football que l’on peut chambrer, qu’il me pardonne), Monsieur Pierre K. pour sa musique, sa bonne humeur et cette danse si caractéristique, Mademoiselle Fanny B. pour m’avoir gentiment cédé sa cinémathèque, Messieurs Benoit C. et Benjamin V., les économistes et je ne veux pas conclure cette liste un peu longue (mais nécéssaire) sans citer particulièrement un futur journaliste de « l’Equipe » Monsieur Anael A. à qui je dois le foot dans le couloir, les pizzas, les matches, le Droit de Savoir avec Jojo le lapin et bien d’autres choses… Et évidemment, Maeva, Charlotte, le Roy et mon cher Yannick.

Ce n’est peut-être pas mon dernier article sur ce blog, mais je pense que ce sera le seul à atteindre cette longueur, peut-être parce que l’essentiel y a été dit et qu’il va falloir passer à de nouvelles aventures…


la vie passe… le sang passe… il emmène… (Conclusion de Féerie pour une autre fois)











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13 juin 2008

Saturnalia


Avant




Réponse du sémillant prof’ d’anglais, inscrite sur le bulletin de participation aux Saturnales, à la question « Participerez-vous à la soirée ? » : « Oui, hélas ».


En quoi consistent les Saturnales ? Je l’avais expliqué en grande pompe l’an passé, c'est-à-dire avant-hier sur l’échelle de l’espace temps prépa, mais je crois bon de procéder à un petit rappel. Il s’agit d’un repas entre les maîtres et disciples (hypo)khâgneux, qui clôture habituellement l’année, suivi d’un spectacle où les profs se voient croqués dans l’emphase de leurs manies intellectuelles et de leurs tics langagiers. Les Saturnales, on y pense depuis la fin du spectacle des anciens khârrés et toute l’année, on en a parlé. On dispose d’idées de sketch à n’en plus finir, tellement les inspirations sont prolixes, de quoi monter trois spectacles différents. Un gendarme règle la circulation des idées lors des premières réunions, au milieu d’une pluie d’éclats de voix qui cherchent toutes à parler le plus fort. Les inspirations se mêlent, se croisent et se chamaillent dans une ambiance de colonie de vacances ; mais on finit par s’accorder, à force de consensus, sur une intrigue globale (qui recoupe généralement des éléments qu’on avait évincé avant de dégrossir une première fois). Et tout cela, avant et pendant le khônkhôurs de l’ENS.

On remarque très vite que le spectacle représenté aux Saturnales est avant toute chose marqué par un Esprit. Chaque promo est différente et entretient des rapports différents avec les professeurs, avec le système prépa. Il y a bien une histoire commune, malgré tout, transcendant les individualités. Et on ne sent que cela tout au long de la pièce.

Cette année, c’était donc notre tour. Personne ne voulait se louper. Du coup, nous avons mobilisé des artifices hollywoodiens ou presque et une idée novatrice : intégrer au spectacle une séquence vidéo, avec tous les problèmes que cela pose ; Filmer, faire le travail de montage (confié à une sympathique personne que je salue au passage) et surtout, projeter le jour S. Ces images seront des parodies de pub mettant en scène les remarquables manies des profs, source intarissable de mimèsis et de plaisanterie :

« Michel G., what else ? »
« Il y a certaines choses qui ne s’achètent pas, sauf pour Patrick K. »
« Les lingettes pampers, inspirées par Rabelais, crées par Pampers » […]


Bref résumé de l’intrigue. Le Roy, dans son propre rôle, arrive du fond du fond de la salle et s’assoit juste devant l’espace où nous jouons, une télécommande à la main. Bruit de changement de chaîne TV, nos profs sont mis en scène dans les émissions du petit écran. Dans Plus belle la khâgne, le prof d’histoire disparaît mystérieusement. Est-ce le prof d’allemand qui a fait le coup ? Puis vient l’heure de Fort Khâgnard et des énigmes tordues du prof de française d’hypo, de Brouillon de Khûbe, et de Ca se diskhûte, consacré aux troubles comportementaux des professeurs. Mon cher Baptiste incarne notre prof de philo d’hK pendant que j’incarne son double maléfique : le K. Et ainsi de suite. 1h15 de représentation, sans essoufflement. Et dix jours d’intense préparation, des dizaines de minutes cumulées de frictions et de disputes, de doutes, de ras-le-bol. Mais surtout, des heures de rire…

Après

« On voudrait être en khâgne rien que pour cet instant-là »

Et cet instant a racheté tout le reste. Toute la pression est retombée lorsque je suis entré sur scène et que j’ai senti que la mayonnaise, qui nous avait tant coûté les derniers jours, prenait, et plus encore. Jouissif et délicieux, de faire rire avec la matière tirée de cet univers terrible, sans aucune méchanceté ni ressentiment.

Et le spectacle s’est terminé, sous les applaudissements ; la salle s’est vidée, au gré des effusions de critiques positives. Je me souviens du prof de philo, qui m’explique en 3 parties pourquoi il a été séduit par notre prestation… Nous avons plu, c’est l’essentiel, surtout que je crois que nous avons pris énormément de plaisir à jouer. Notre khâgne prend donc fin avec cette expérience théâtrale, inédite pour beaucoup d’entre nous, heureux d’ « avoir assuré ».






[…]



J’aurais voulu écrire l’euphorie du moment absorbé par le moment, les mots affleuraient. Aucune grande phrase, juste les mots saillants, des impressions incandescentes. Magique, soirée magique de part en part, mais c’est si peu de le dire maintenant avec des mots fades et profanes. Je me souviens du K., à table, qui nous rappelle pourquoi le type se préoccupant de sa plante des pieds croit à l’immortalité de l’âme. Le spectacle qu’on déroule parfaitement, la chaleur du jeu d’acteur, le succès insolent des parodies de pubs. Plus tard dans la nuit, nous étions entre khâgneux, une des dernières soirées entre khâgneux… Une boîte de nuit pour nous seuls, un mercredi soir à Nancy, tous sont là. Et Elle, enfin, mon Amour...


09 juin 2008

Khâgneux (en voie de réinsertion)



Khâgneux, on le restera toujours un peu, même si je ne sais pas si l’on peut dire que nos racines sont nées et serpentent uniquement dans ces deux années. Après tout, on y fait que passer, laissant une modeste emprunte, comme tant d’autres. Personne ne niera cependant, pas même les inexpugnables réfractaires au système, que cette époque agit comme un révélateur, violent révélateur qui porte non seulement à incandescence tous nos caractères secrets et endormis jusqu’à lors, mais éclaire aussi des connaissances qui seraient demeurées inaccessibles. Des dizaines de portes ont été enfoncées, il s’agit d’explorer maintenant les vastes pièces obscures qu’elles verrouillaient. Mon appétit est ouvert, voilà pourquoi nous je n’aurai jamais de repos.

Le glas sonne sur les restes de l’empire Khâgne, si despotique au temps de son apogée. C’était un lent déclin, après les heures furieuses de révision avant concours, ce n’est plus qu’une lente agonie, qu’on imagine sans fin. L’expression « la fin d’année » n’a aucun sens car la Khâgne, dépouille dépouillée de sa substance avec la fin des épreuves, mis en bière avec les honneurs, ne vit plus que dans nos cœurs, parce qu’il y avait les amis et un parfum unique et surtout, ce chemin intime que chacun s’est tracé. J’ai grandi, « et ici plus qu’ailleurs ». Je citerai ces paroles du K., qui allument tout de même quelque fierté d’avoir, plus ou moins, survécu :

« Il arrivent, tout petits tout moches, on les éduque et ça devient du khâgneux hyperbolique, du beau khâgneux. »

Une « mélancolie éreintée », je ne saurais trouver de meilleur concept pour qualifier la voix de cet article et de mes derniers textes. Pourtant, je ne suis pas triste d’en finir. Pas même nostalgique. Peut-être le deuil s’est-il déjà passé dans quelque recoin de mon esprit. Peut-être parce que j’ai su voir, enfin, qu’il y aurait quelque chose après. C’est juste que je suis fatigué, physiquement, et on l’est tous, et que je sais qu’une grande époque se meurt. Elle a déjà un pied dans le Souvenir. Je veillerai à ce qu’elle ne se dilue pas dans le Léthé.

Mais c’en est fini de ces mots mélancoliques ! Dire cet état d’esprit « mélancoliquement éreinté » est certes important pour moi, car c’est aussi étape de ma vie de khâgneux, mais ce n’est pas tout. Il y aura encore d’autres articles, et plus enjoués : je n’oublie pas qu’il nous reste quelques faits d’armes à accomplir…



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31 mai 2008

Les aventures extraordinaires de Baptistophon et Yaniclès…


I, 2. Des crocodiles, des courtisanes et de l’Alternative


[Après avoir pérégriné sur la place publique toute la matinée, Baptistophon et Yaniclès se mirent en route vers le palais de celui dont le nom bruissait partout : Patricus Koppus Alternativus, mystérieux maître de la science koppistique. L’édifice qui lui servait d’académie, gigantesque, narguait les collines Romaines. Vers midi, enfin, ils arrivèrent en vue du fronton du temple de l’Alternative…]



Les deux silhouettes de nos amicos progressaient maintenant dans l’immense allée centrale jalonnée d’imposantes colonnes en marbre de Salonique. De grandes salles décorées avec une emphase croissante s’ouvraient de part et d’autre. Baptistophon aperçut dans l’une d’elle une cage en or massif où deux crocodiles se disputaient des morceaux de chair sanguinolents. Dans une autre, Yaniclès vit des dizaines de femmes parmi les plus belles de Rome, se prélassant sur des coussins de soie au bord d’un bassin en platine. Ils parvinrent au bout de l’allée ; une ouverture dans le toit (velux, ucis) permettait de voir le coton du ciel nuageux qui tourbillonnait. Tout au centre et dominant la pièce, un trône tout confort perché sur une estrade. De chaque côté, deux fauves, pareils à des statues de pierre, se tenaient assis enchaînés par le cou. La toge rose fit irruption. Nos deux compagnons s’inclinèrent, les fauves excités rugissaient. « OU BIEN ! OU BIEN ! SILENCE ! ». Gravé sur le socle du trône, on distinguait l’inscription suivante : « Deus sive Natura sive quodcumque vultis ». (Dieu ou la Nature ou bien Ce Que Vous Voulez). Alors, ce fut une nouvelle aurore, le soleil trancha subitement le ciel. Un souffle divin semblait balayer la masse nuageuse qui se dissipait ; les rayons solaires, s’infiltrant par la brèche dans le toit du palais, convergèrent tous vers le trône et l’illuminèrent.

Fracassant le silence, les plis de la toge du maître s’embrassaient dans une sorte de froissement originel. Un rose si éclatant semblait outrager l’astre Soleil. Et puis, la voix du maître s’éleva : « je suis Patrickus Koppus Alternativus ou bien Maître de la science koppistique ou bien Qui vous voulez. Quels augures vous amènent en ce lieu sacré, en ce temps sacré ? ».

« A vrai dire, répondit Yaniclès, la rumeur de votre nom et de vos préceptes hante le forum depuis de longs jours. Nous venons donc en disciples à la source de votre science alternative, car c’est bien comme cela qu’on la nomme, n’est ce pas ? ». Le maître gagna le trône, les nuages fermèrent le ciel sur le soleil. Il considéra nos deux amis, debout face à lui mais minuscules dans le prolongement de l’immensité de cette allée. Il ne disait mot. Ses bras entamèrent une étrange danse, la main se tendant tantôt dans une direction, tantôt l’autre main dans un autre sens. Ces gestes amples rappelaient ceux d’un mime. Et toujours pesait un silence digne du forum un dimanche.

Baptiste rompit la danse d’Alternativus : « dites moi, ô maître de la koppistique ou bien ce que vous voulez, vous avez quelque chose à manger ou bien à grignoter, je sais pas, de la terrine de… ». De manière à peine dissimulée, Yaniclès lança son coude dans les reins de son ami pour le faire taire. Totalement absorbé, le maître s’excitait, ouvrant les bras, bombant le torse. Sa tête tremblait légèrement, les yeux fermés et tournés vers le ciel, comme s’il attendait l’impact de la foudre de Jupiter. Et il attendait. Et rien ne se passait. Un temps. L’estomac de Baptistophon tonna mais dans le ciel, toujours rien ne se passait. Alternativus quitta brusquement sa posture mystique. « Allez voir dans les cuisines, vous m’êtes bien sympathiques mes amis ; peut-être pourriez vous devenir mes disciples mais avant tout il y a un formulaire à remplir. Vous le trouverez au bureau des inscriptions, à côté de la salle d’eau avec les femmes… ». Et Yaniclès interloqué de dire : « elles sont à vous ces femmes, non parce que… ». Ce fut au tour de Baptistophon de lui décocher un coup de coude.


[à suivre]


[ I, 1. Un homme de talent, son ami dorien et des points de suspension ]

26 mai 2008

Khûber.


C’est l’heure de se poser la question fatidique, c’est enfin l’heure de s’engouffrer dans une période de profond doute ontologique. Ne me demandez pas pourquoi j’évoque le terme « ontologie », c’est juste que je l’aime beaucoup. Placez-le dans n’importe quelle conversation, des yeux ou bien dubitatifs ou bien hostiles vous transperceront ; mais c’est parfois tellement agréable d’être considéré comme une étrange bestiole venue des confins de l’univers. La planète Khâgne 2008 par exemple. Mais revenons à nos moutons, ou plutôt, à nos khûbes. Car l’heure est grave. Il va falloir choisir : To khûbe or not to be. Khûber ou ne pas être. Quand je disais que l’heure était grave…

« Je khûbe ».

Voilà un titre d’article qui aurait fait sensation et qui n’aurait pas manqué de piquer les esprits des (hypo)khâgneux et de tous ceux qui savent ce qu’impliquent une année de khûbing. Ou bien de khûbage. « Alors là, vous allez me dire » (pour rendre hommage aux termes qui ont scandé notre année de philosophie) est-il vraiment décidé à khûber, enfin, à khûber ontologiquement ? Et pour répondre précisément à cette question qui vous tourmente, chers lecteurs, je m’empresse d’exposer toutes les bonnes raisons qui pousseraient UN khâgneux à khûber ontologiquement.

Première bonne raison, et pas des moindres, on peut rater le concours de l’ENS une deuxième fois. Mais en théorie on peut aussi l’avoir, c’est vrai.

Deuxième excellente raison, et comme j’avais pu l’exposer dans un précédent article, on peut continuer à dire qu’on est actuellement en Khâgne au lieu de conjuguer dès à présent le verbe être en khâgne à l’imparfait duratif. Ou plutôt ici à l’imparfait digestif : il va falloir accepter d’avoir été en khâgne et de ne plus y être.

Signer pour un surcroît de Khâgne permet, en outre, de ne toujours pas se spécialiser et de continuer à ne pas perfectionner les options qu’on a déjà à moitié délaissées au cours des deux premières années.


Quatrième bonne raison, continuer à jouir d’un rythme de vie inédit en France, où l’organisme humain régule la circulation de 5 antibiotiques différents tout en collectionnant des maladies rares et sournoises.

Dernière bonne raison, on pourrait en trouver mille autres mais il faut savoir s’arrêter (n’est-ce pas ?), khûber permet au khâgneux de faire plaisir à ses professeurs. Des professeurs tout à fait objectifs, la plupart du temps, et qui laissent une totale liberté de choix au khâgneux indécis ou résolu à s’arrêter alors qu’il en est encore temps : « NE PAS KHUBER serait la plus grande ERREUR de votre vie ». (Propos rapportés par une khâgneuse anonyme de la khâgne vers… d’une khâgne inconnue… que je salue au passage !). J’ai pu entendre aussi : « n’allez pas en Fac, ne donnez pas de confiture aux cochons », qui ferait un très bon slogan pour une pub de prévention contre ce fléau, ce problème de santé publique qu’est l’université.

Comme vous pouvez le constater, il n’y aurait donc que des bonnes raisons pour signer une troisième année dans cet enfer doré.

Toutefois, les paroles les plus sages que j’ai pu entendre sont celles de ma prof’ de latin d’hK : « si vous avez une chance au concours, il serait dommage de ne pas khûber. Ce concours se prépare sur trois ans ! ». Je me rappelle aussi du discours de notre sémillant prof d’anglais : « quand on khûbe, il faut vraiment savoir ce que l’on fait. ». Je n’oublie pas non plus qu’après ces mots, il a évoqué sans transition les suicides de plusieurs anciens khâgneux convertis au khûbing. Parmi eux, un optionnaire philo ; pas étonnant.

Oui, il faut vraiment savoir ce que l’on fait si l’on khûbe. Etre pénétré d’éléments de l’Idée du Khûbe idéal. Je ne pense pas que cette solution soit profitable à l’optionnaire de Lettres Classiques que je suis, qui a immensément besoin de se consacrer à ses matières. La prépa m’a donné beaucoup et peut-être n’a-t-elle plus rien à m’offrir. Une grande période s’achève et je veux qu’elle s’achève maintenant. Ne pas prolonger le contrat uniquement pour le prolonger. Ces deux années de classe préparatoire ne sont jamais qu’un tremplin.

J’ai pris mon élan, d’autres horizons s’ouvrent, ici ou ailleurs. Et la route est encore longue.


Je ne serai sans doute pas khûbe. Mais je serai, ontologiquement, ailleurs. Vers de nouvelles aventures…










25 mai 2008

Tropiques




Le concours est terminé. Bouclé. Achevé. Pesé. Et nous voilà bientôt au seuil de Juin, dernier mois d’une Khâgne rendue méconnaissable : plus d’impératifs, plus de DS, plus de polycopiés, on a peine à y croire. Que va-t-on faire de tout ce temps libre ? L’ordre du monde ou bien Logos ou bien Ce que vous voulez est-il menacé ? On quittera l’internat le 16 juin, définitivement. Le temps de la khâgne s’arrêtera à ce moment, pas avant, surtout pas après.

Quelques mots griffonnés, au sortir d’une épreuve : Atmosphère moite, horizon fermé, les mains poisseuses sentent la barre énergétique dégoupillée à la hâte. Aucun soupir, résignation totale, l’encre tombe à verse sur les copies concours à petits carreaux, que je trouve vraiment inconfortables. Un nuage crève et les idées crépitent sur la jungle luxuriante des brouillons. Où est le bon filon, la veine de l’inspiration originale ? Sueurs. […]

J’ai lisais d’anciens articles de ce blog à Baptiste, nonchalamment étendu sur son lit. Une chose m’a frappé : le style. Les phrases d’il y a un an étaient amples, gonflées par une plume rêveuse qui se laisse emporter, soignées par des mots fleuris. Le temps de l’hypokhâgne, candide, se pensait infini et comme ces phrases, respirait profondément. Maintenant, les mots rechignent à dilater les paragraphes, le style est économe, austère, moins enthousiaste. Les phrases se sont petit à petit contractées, sèchement. La fatigue ne laissait plus s’envoler leurs mouvements. Les mots aussi, étaient prisonniers de cet enfer doré.



Mais il faudrait parler du concours : le Khônkhours. Dire beaucoup de choses à son sujet, le personnifier. Il n’était pas si méchant que cela, bien que pompeux par moments, parfait dans son rôle d’invité encombrant qui ne veut plus vous quitter ; en plein milieu de l’après midi et toujours à table. Agaçant parfois, parce que trois parties ne sautaient pas aux yeux de façon évidente. Surtout la troisième. Doué d’un certain sens de l’humour, indéniablement, lorsqu’il cachait l’intitulé du sujet de philo, minuscule, au milieu des longues recommandations d’usage : L’égalité.

Les khâgneux n’ont pas éprouvé le concours de façon univoque et je ne veux trahir les impressions de personne. Je dirai donc « je » : je me suis battu. C’est tout ce qui compte. Et pourtant, une terrible piqûre d’humilité endolorit le sentiment d’en avoir fini. Cette aiguille douloureuse ne nous fera certainement pas de mal avant de gagner les bancs de la Fac : deux ans de travail et l’ENS au bout, deux ans de préparation à un combat raffiné et au bout, un massacre à l’arme lourde. Rien n’est acquis, au contraire, nous avons tout à prouver.

Bannir les points d’interrogation et respirer, regarder au loin. Bannir ces phrases qui n’espèrent pas. Dormir, surtout dormir.


Une pensée pour tous ces corps éreintés, ces esprits érodés par les flots de révisions, ces nerfs rabotés par les lames du stress. Khâgneux, vous avez survécu. Ou presque.









17 mai 2008

Le pigeon omineux




Réveil difficile, J-2. Le rêve est tout frais encore. L’ENS occupe donc les pensées du jour et conquiert aussi les images éphémères de la nuit. Il y a cette salle lumineuse, qui contient tous les (hypo)khâgneux de ces deux ans, le sujet de philosophie d’ULM les occupe. Il y a le K., mais pourquoi lui plutôt qu’un autre, sur son perchoir, qui nous harangue tout au long de la composition. « Du style, de la création ! ». C’est un songe en grand angle, dynamique, tantôt une image du K. dominant tous les khâgneux, déformée par la focale, galbée comme un aquarium, tantôt un plan resserré de sa bouche, qui débite les paroles de toujours. Fin de l’épreuve, je lui remets ma copie, il me passe un savon : « G******, c’est mauvais, 58 fautes d’orthographe, 1 par page, où est votre attaque G****** ?! ». Réveil difficile. Jusqu’à maintenant, je n’ai consommé que de l’histoire, pourtant la matière que j’ai le plus travaillé ces deux ans. Avons-nous fait autre chose que de l’histoire ? Mais les polys supplémentaires gavent et dilatent mon classeur déjà trop épais.

Chuck Norris a déjà compté jusqu’à l’infini. Deux fois. En revanche, il n’a jamais maîtrisé le programme d’histoire d’ULM.

Etrange concours en perspective : deux ans de travail, de sacrifices arrachés et plus que jamais, une culpabilité acide infuse les tripes. C’est le temps du « j’aurais dû ». Mais plus rien ne compte maintenant sinon le « je peux ». Je pense à mes amis khâgneux, dans d’autres lycées et à Versailles : pour une fois, on va tous ramer dans la même trière.

Mercredi, l’internat revit et bourgeonne de bons mots. Les amis khâgneux se retrouvent avant la grande messe. Sur le coup des 9h, le Roy investit ses appartements et raconte une aventure qui ne pouvait arriver qu’à lui. Gare de l’EST, 30 minutes le séparent du départ du TGV direction Nancy, il décide de s’asseoir et de mettre à profit ce temps pour ouvrir son cahier d’histoire. C’est alors qu’un pigeon furtif et lourdement armé effectue un tir tactique en plein milieu de son cours. La République de Weimar est touchée en plein cœur (comme si elle n’avait pas déjà assez de soucis…). Un signe du destin ? Un présage omineux ? (comme dirait Julien Gracq, la star du néologisme qui connaît le substantif latin omen, ominis : le présage.)

[…]

Vendredi soir, je suis empêtré dans un état végétatif prononcé. Deux épreuves ont été menées et achevées avec conviction. C’est maintenant clair, le pigeon s’est trompé.













11 mai 2008

Le guide du khûbe intergalactique


Définition : khûbe idéal

Mots clés : khûbe, khûber, troisième année, classe préparatoire, admissibilité, choucroute garnie, dessert roboratif, poêle à frire


Article non contractuel. Toute ressemblance avec des personnes réelles ou fictives serait absolument fortuite. Attention, ceci est la présentation d’une Idée de type platonicienne qui n’est par conséquent présente qu’à titre de déformation dans la « réalité ».

S’il vous plaît, ne faites pas cela chez vous.



Le khûbe authentique ne s’est jamais posé la question : « est-ce que je khûbe ou non ? ». Khûber, pour lui, a toujours été une évidence intellectuelle conjuguée au présent : je khûbe. Lorsqu’il faisait ses premières dents, il savait déjà qu’il signerait 3 ans. Et il signe.

D’où une absence totale de doute : to khûbe or not to be. « Je khûbe, je suis » pensera t-il (car on ne peut dire « Il khûbe, il est », chose qui pétrifierait tout prof’ de philo cartésien). Khûber est donc tout à fait normal puisque ce concours « se prépare sur 3 ans » : les carrés ont donc tort. En somme, le rôle principal du film à grand spectacle Je khûbe mais rassure toi je survivrai moi je ne m’en fais pas est taillé pour lui sur mesure.

Le khûbe n’a aucun sens du sacrifice puisqu’il ignore le mot même de « sacrifice » : khûber, c’est être. Point.

Le khûbe pourra être doué d’un parfait mépris pour la faculté, une horrible institution au moins jusqu’au Master.

Paradoxalement, le khûbe ne croit pas toujours à l’ENS ou du moins ne vise pas absolument l’admission. En somme, khûber permet de continuer à dire « Je suis actuellement en Khâgne » au lieu de « j’étais khâgneux et je le suis toujours un peu », propos généralement tenus (même en substance) par les carrés en voie de réinsertion.

Il est intéressant de noter l’évolution ultime : « l’hyperkhûbe » (terme d’obédience koppistique). Se dit d’une personne qui a suivi un enseignement en classe préparatoire et qui, malgré tout, décide d’y enseigner.

10 mai 2008

Semaine blanche


Mortellement vide, l’internat est défiguré et je regretterais presque l’absence de mon voisin, exilé chez lui pour travailler le français en vue de l’épreuve d’ULM. L’internat, c’est vrai, on y travaille mal : altruiste, Baptiste a décidé de m’offrir de bonnes conditions de travail. Pour une fois donc, un calme bucolique s’est saisi des lieux : pas de football sur le terrain synthétique du couloir, pas de télé qui aimanterait de nombreux spectateurs forts discrets juste de l’autre côté de la cloison en carton, aucun débat enflammé dans le couloir (Saint John Perse, ça sent le sable chaud ou non ?). Même le Roy a temporairement abdiqué, sans renoncer bien sûr à l’idée de réviser. En théorie.

18h30. Apéro chez notre hôte vosgien, au milieu des verres de pastis (savamment dosés par notre ami Thibaud, le susdit vosgien), des toasts de tapenade et des bandes de soleil qui ragaillardissent les esprits mais amollissent les envies de cloisonnement studieux. Et les khâgneux ne s’arrêtent jamais : « qu’est ce qu’une chaise ? » se demande Antoine, à moitié dilué dans le pastis, lorsqu’il s’affale sur le lit moelleux en maudissant les accoudoirs des fauteuils, jugés trop contraignants. Belle occasion pour faire un peu de psychanalyse et inventer le « complexe d’Hercule », un héros « qui court tout le temps et qui ne doit pas s’asseoir souvent ». Vous préférez les canapés molletonnés aux chaises en bois ? Il se pourrait que dans votre enfance…

Voilà qui me rappelle une expérience mystique menée avec Baptiste : la lecture simultanée de deux œuvres différentes de Jean-Pierre Richard (toujours lui), à savoir Littérature et Sensation et Nausée de Céline, empruntant une inflexion de voix qui épouse l’acidité et l’halètement du texte. Les mots des deux œuvres critiques s’entrechoquent et dissonent dans un chaos hallucinatoire, pareil au chant sublime, pathétique, d’un instrument enrayé et maltraité. Une authentique parole prophétique. J’espère que cette incantation n’aura pas ouvert, en quelque recoin du monde, une brèche spatio-temporelle vers quelque mystérieux univers… (sait-on jamais)


Nausée de Céline.

Vendredi matin. J’enfile une combinaison en plastique blanc, un masque de protection, des gants et des bottes en caoutchouc puis je retourne sur la grève pour éponger la marée noire des révisions, le mazout gluant rejeté par la pulsation des vagues, qui recouvre sans cesse le sable fraîchement nettoyé. Il n’y a pas de fin. Les bottes en caoutchouc s’enfoncent dans cette pâte élastique et lourde et se décollent dans une plainte humide, pareille au son d’une bouche qui mastique grossièrement. Chaque pas est un effort, mais… « Faut le faire. »

« La rage », me dit le K., croisé à la volée. Et la volonté ferme de produire des « copies concours » : beaucoup cherchent à mourir dignement sur l’échafaud normalien, au moins dans leurs matières de prédilection. « Ce n’est pas le moment de se dés-intégrer ».

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04 mai 2008

Coin coin



Le soleil, l’air doux et l’habit de printemps des arbres se conjuguent en impression de fin d’année. C’est lundi matin, il fait presque chaud en Lorraine, il fait presque beau en Khâgne. Comme toujours, on est content de se retrouver, comme toujours, on s’étire à l’aube de la première heure de cours, après deux semaines de réparation. Mais tout le monde le sait, nous sommes au crépuscule de cette année. Qui pour ne pas penser : « enfin ! » ? On voudrait attendre la fin de saison tels des légumes douillettement plantés dans notre petit potager, naïfs et verdoyants, mais c’est sans compter sur les retombées nocives/constructives de nos copies de concours blancs. On les aurait presque oubliées. Derniers battements de cœur lors de la distribution quasi-rituelle de nos « œuvres » : alors, réussi ou non ? Oui, on sait, cette version « a fait son office » ! Cette charmante ambiance printanière a trompé notre vigilance, endormi la prudence : maintenant, c’est l’embuscade. Cette année n’est pas finie.

Dans la matinée, le ciel décide de se fermer, comme s’il adhérait à l’humeur générale. Fort heureusement, les généraux mouillent leur chemise et s’efforcent de motiver les troupes, relativisant les prestations en demi-teinte. Le colonel de philosophie dira : « dans 5 ou 6 ans, vous verrez, ce sera au point ! ». Faudrait-il absorber 7 khâgnes pour prétendre convenablement défier l’épreuve de philo d’ULM ?

« Tout sujet d’ULM est un tremplin pour des envols », clame haut et fort le maréchal des logis de la littérature française, juste avant de s’en aller en retraite. Un homme du rang, qui n’est autre que le Roy, ajoute du bout des lèvres : « et surtout pour des plongeons ».

Et puis viennent les cours supplémentaires, qui délivrent des « connaissances clef en main » à des volontaires insatiables. Présentation express de quelques notions philosophiques noyées dans l’immensité des possibilités des sujets au concours : flatter la bonne conscience, toujours. Quelqu’un assimilera les khâgneux à des « canards qu’on gave avant Noël », ultime indigestion de connaissances avant le chant du canard de cette année. Reste à savoir ce qu’il y aura sous le sapin… Mais pour l’instant, et malgré la fin officielle des cours pour cause de « semaine blanche », les cours continuent. Car, comme on n’a de cesse de nous le rappeler habilement et sans emphase : « CE CONCOURS SE PREPARE SUR TROIS ANS ! » (qu’il convient de dire avec un léger accent allemand, pour traduire le caractère péremptoire de la formule) KHÛBER ! Khûber ? Khûber… Bientôt, il faudra dresser le profil du parfait futur khûbe pour élucider ses motivations, mettre en exergue ses doutes… erreur ! Des doutes, il n’en a aucun.

27 avril 2008

Des casseroles, de la choucroute et des guillemets



Sur la notice de la khâsserole, il est écrit qu’on peut tout y faire : de l’histoire, de la philosophie, de la littérature, parfois tout en même temps, et cela en théorie sans risque pour le revêtement poli en inox. C’est beau, ça brille, c’est neuf, même après quelques vaisselles sévères et la préparation de quelques festins. Octobre. Euphorique, l’éponge Spontex entre en scène, on l’appelle Démosthène ou Jules Ferry, Merleau-Ponty peut-être ; doublement abrasive, elle râpe les parois de la casserole qui frissonne. Et le revêtement perd de sa fraîcheur, fatigué, il n’est plus aussi étincelant que dans sa prime jeunesse, à l’heure des premières pommes de terre en robe des champs, épluchées avec soin par un grand chef à la main délicate pour le peuple khâgneux. Maintenant, ce dernier tranche soigneusement les aliments à la broyeuse, raffine à cuire au lance-flamme. Il mélange, il prépare et il épluche encore, il bat les mêmes œufs battus trois semaines plus tôt, les mêmes plats cuisent et recuisent ; le collège des savants chefs de cuisine rajoutent une tonne d’ingrédients inédits parce qu’au concours, definitely, on ne mange pas à la carte. Le programme, pour cette année encore, c’est tout.

Bienvenue au « Petit Mitron de la Rue d’ULM », pas de plat du jour, pas de menu, pas de carte des vins, juste l’addition.

En histoire, la France de 1870 à nos jours, ou presque, le Monde, de 1914 à nos jours, ou presque. « Un programme impossible à voir en deux ans [sous entendu : pour apprécier pleinement ce non-programme, il serait judicieux de khûber] » selon les termes du divin prof’. Les chefs de cuisine cuisinent maintenant pour une garnison : c’est une marmite gigantesque, de la taille d’une cuve à mazout, qu’ils remplissent de polycopiés gras, avalés par le tourbillon d’une boue épaisse. Cette soupe, il faudrait que nous la mijotions, nous, petites casseroles brûlées par deux ans de cuisson.

A force d’être gavée, la khâsserole déborde ou devient passoire, elle ne retient plus rien. Les cuissons sont bâclées mais il faut cuire. Toujours cuire. Le gaz brûle jour et nuit, on pense aux révisions sans fin, sur une table ou sur un oreiller. Et quand on aura fini de réviser, il faudra continuer. Retiens ce nom, retiens tout, retiens cette date, c’est important, crucial. Plan Freycinet, 60000km de voies ferrées prévues en 1914. 60000. Freycinet 60000 ! Crucial. Fiches de fiches de fiches : mise en abîmes de boites de conserve dans de petites boites de conserve dans de plus grosses boites à la sauce poupée russe. Dans mon esprit sous vide, une choucroute géante où Poincaré chevauchant une saucisse croise Aristote emmêlé dans le chou blanc. Mac Mahon, les pieds dans le Riesling, converse avec un bout de lard. Pas de panique. Jean Pierre Richard est là pour s’entretenir avec les pommes de terre vapeur.



Ces « vacances » entre guillemets se terminent : et d’ailleurs, pourquoi ces nécessaires guillemets ? Par définition, les vacances correspondent à une période de détente, une parenthèse qui rompt avec les activités qui occupent le reste de l’année. J’allais dire, « qui rompt avec le travail », mais j’aurais par là même affirmé que Baptiste est toute l’année en vacances, ce qui est faux, bien sûr. Or, les vakhânces, car il est facile de mettre des kh^ dans un mot pour « faire » (hypo)khâgneux, sont tout sauf des jours de détente. Ne sommes nous jamais plus tendus qu’en « vacances » ? Lorsqu’on ne travaille pas, nos pensées se crispent sous le coup d’une mystérieuse injonction qui dit qu’il faudrait travailler. Lorsqu’on travaille, un aveu intérieur clame qu’il serait grand temps d’avoir des vacances. La solution est peut-être de s’engager dans la voie d’un Otium actif et volontaire (pour les non-initiés : « le loisir studieux », une mauvaise traduction Guillaume Budé). Une idée opportune pour Jean Pierre Richard, toujours lui : Elasticité du congé (un nouvel essai, à lire ou non, mais qu’il est du meilleur goût d’exhiber dans sa bibliothèque).

« Alors là, vous allez me dire », le temps de la Khâgne n’est-il un vaste champ d’Otium ? Vaste débat. Le khâgneux est-il donc condamné à n’avoir que des vacances entre guillemets ? Y aura-t-il une alerte chimico-antraxo-nucléaire au lycée Henri Poincaré pendant une épreuve du concours de l’ENS ? Les barbus prendront-ils en otage notre prof’ de philo pour l’empêcher de poursuivre son cours sur « les sciences et le raisonnement mathématique » ? Thibaud ramènera t-il du saucisson biologique des Vosges pour célébrer dignement les apéros post-concours ? Le Roy va-t-il oublier de khûber ? Mourrons nous enfin en khâgne ou survivrons nous ? Une somme de questions auxquelles nous répondrons au cours des prochaines semaines…


Bonne (dernière) rentrée khâgneuse à tous !


26 avril 2008

Et nunc. (Que vais-je faire ?) Par Baptiste.


Ceci est peut-être mon dernier article, avant de me faire atrocement trucider par un zombie. Et là, vous allez me dire (un petit clin d’œil à notre cher professeur de philo) : « Est-il devenu fou ? ». Mais non, la réponse tient en trois lettres : REC. Allez savoir pourquoi mais je m’en voudrais presque de ne pas avoir révisé mes cours d’histoire au lieu d’avoir regardé ce film. De toute façon, je n’ai pas mes cours d’histoire sur moi…. Pour mémoire, ce film raconte les pérégrinations de zombies dans une maison curieusement fermée de tous côtés.

Vous allez donc subir quelques unes de mes pensées nocturnes et effrayées et celles-ci sont loin, très loin d’être les plus claires… Cette année finalement, ne pourrait-on pas en dire que « bientôt tout sera terminé » mais ajouterait-on d’autant plus volontiers « Alors ce sera fini et je serai bien content » ? Je vous laisse le soin de rechercher la provenance de ces citations… ça n’est pas bien difficile.

Alors, je ne sais pas, que vais-je faire dans deux jours, lorsque nous serons rentrés ? Regarder des films (sûrement), lire un peu (évidemment), réviser (hum… déjà plus douteux), trouver un appartement... Tiens, quelqu’un me demande ce que je fais encore debout à trois heures du matin… Yannick connaît la personne en question. Insomnie, prétexte facile quand tu nous tiens… A se demander si ces deux années n’ont pas été qu’une longue insomnie de livres et de films…

Que faire ? Nous improviserons. Avec notre « talent » habituel.

Merci à nos chers lecteurs, toujours plus nombreux et que nos quatre cents coups amusent, divertissent ou agacent.

Et que vive cette khâgne. Gloire et honneur.


NB : Je tiens à ce que cet article soit publié, sans relecture ni ligne éditoriale précise. Mon cher camarade se demande sans doute ce qui m’a poussé à commettre cette chose, qu’on peut difficilement appeler un article. J’espère qu’il aura la bonté de s’en contenter.


Baptiste.

24 avril 2008

Et avec ça ?






« Tu ne postes pas beaucoup pendant ces vacances ! » me fait remarquer mon khâmarade de souffrances hellènes. Je ne peux pas le contredire : c’est vrai, je n’ai encore rien posté, ou presque, pendant ces « congés ». Peut-être bien parce que ces « congés » (on ne peut plus se passer de le dire entre « ») ressemblent à tous les autres : nonchalants, relevés par une douce culpabilité, plombés par le compte des heures de sommeil à solder. Rien, il ne se passe rien. Je contemple les journées qui s’enchaînent, le compte à rebours avant l’échéance finale, le concours, ce Concours. ENS ! ENS ! ENS ! Combien de fois avons-nous entendu ces mots remâchés par la bouche une et indivisible de nos profs ? ENS ! ENS ! ENS ! Certains en rêvent, quelque uns s’y voient, d’autres encore prévoient des piques-nique à la Pépinière lors des épreuves, à midi. Mais tous, nous le passons. Alors, les autres préparationnaires interrogent le khâgneux : « mais vous passez quoi comme concours ? », khâgneux qui leur répond : « l’ENS ». L’ENS, rien que l’ENS. Question d’exclusivité. L’autre préparationnaire se demande à quoi peu bien servir une classe préparatoire qui prépare à rejoindre la fac. On finit par ne plus argumenter. Les plus prévoyants ont fui à science po, des retardataires osent les écoles de commerce. Nous, nous passons l’ENS. Et quitte à ne pas avoir un concours, autant que ce soit celui-là.

C’est le temps des questions, le temps de se retourner et de s'étourdir. Où sont ces deux ans ? Mais il faudrait penser au Concours. J’y pense : pensée réchauffée par le K. . Mot d’ordre : ne pas se désintégrer, des copies concours ou rien. Et aucun regret.

« Pourquoi ne pas écrire une nouvelle ou un roman ? » me dit encore mon cher khâmarade. J’écris un blog : c’est pire. Je ne dis pas tout, je dis parfois plus. Je tricote ce journal (hypo)khâgneux sans savoir s’il ressemblera à un chandail harmonieux ou à une chaussette bariolée. Je suis ces textes mais je ne cesse de les dépasser. J’évolue. Tous, nous évoluons. J’ai grandi. Avons-nous plus grandi qu’ailleurs ?

Des racines khâgneuses. Mais des envies et des rêves fleurissent.







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