I. Un homme de talent, son ami dorien et des points de suspension
[Je me décide enfin à publier ce texte qui prend la poussière depuis plusieurs mois, avant qu’il ne soit définitivement plus d’actualité. Pardonnez les imprécisions et l’hermétisme apparent de nombreuses références, les novices de la mythologie du blog seront sans doute désorientés…]
Il y avait à Rome un fameux fils de négociant, qui nageait dans les sesterces que la cité lui offrait pour récompenser sa myriade de mérites : « Je suis homo talentus » (homme de talent) comme il se plaisait à répéter à ses convives. Ne comptant donc ni les pièces ni les dépenses consécutives à de fastueux banquets (boucheris, is, f) il consommait son temps entre sa villa fichée sur ses immenses terres du Latium et celle agrippée à l’Aventin, dans ce quartier convoité par les homines populi (ou peoplus, i, m selon Caton). A la fois modeste et amoureux du luxe, sa sagesse pourtant fraîche éclairait tout un pan des sphères érudites de la cité des fils de la Louve. Il était aimé et aimait : le premier, il s’intéressa à Proustus, délaissé injustement par les différentes Ecoles, il se passionna également pour Ferdinandus Celinus Naso et surtout, pour le docte et incomparable chef de file de la pensée Collabos, Leondaudos. Son père, épris de l’hellénique condition, avait fait fortune en produisant des jarres à l’effigie des Grands Suppliciés (une déferlante sans précédent, plus encore que les pokemos cartos venue de Thessalie). Expression ultime de toute cette hellénité qu’il portait en lui, il donna un nom grec à son fils unique. Le nom de ce fils ? Baptistophon.
Baptistophon aimait deux choses par-dessus tout : ne rien faire en se réfugiant dans le neglandium, qui était son ataraxie à lui, et ne rien faire en déambulant sur le forum accompagné de son ami de toujours, bien que toujours en désaccord avec lui sur les questions de fond. Et qui d’autre pouvait être cet ami que Yaniclès, ce dorien menacé en sa patrie par les arnarchosyndikoi et dont le seul tort était d’avoir très envie de faire du latin ? Et Yaniclès en eut tellement envie qu’il gagna Rome pour ne plus jamais la quitter. Et ce dernier aimait lui aussi deux choses par-dessus tout : avoir très envie de faire du latin et morigéner son indéfectible compagnon Baptistophon, chaque fois que celui-ci planait dans les brumes de l’alaboraxie*. Ainsi étaient nos deux amicos.
Un jour, quand les courses de char et le spectacle d’étudiants en facultés déchiquetés par les lions ne les divertit plus, ils se décidèrent à rendre une visite au grand maître d’une discipline qui faisait furor depuis peu dans la cité de Romulus : la Koppistique. Pour le moment, et pour le moment seulement, il méconnaissait encore ce fameux Patricus Koppus Alternativus pourtant reconnaissable, disait-on, à sa toge rose cintrée…
Notes :
*Alaboraxie : formée sur le verbe laborare (travailler) couplé à un alpha privatif, cette disposition de l’esprit fait référence à la Chôme Plénitude, en d’autres termes, le Climax du Glandage. A force de corruption, Baptistophon espérait d’ailleurs persuader les prêtres d’incorporer le dieu Glandage au panthéon des divinités, déjà surbookum en ces temps tardifs. Voir aussi : Aboutissement d’un neglandium assumé et persévérant.
[à suivre]









7 Comments:
vivement la suite de cette épopée qui doit faire rougir de honte les Homère et autres Virgile...
j'en frémis d'avance!
Encore un grand article... nous nous réunirons sûrement pour une suite écrite à quatre mains !
La partie 2 est déjà prête, les 4 mains seront sans nul doute à l'œuvre pour un prochain épisode ; )
Je n'ai pas essayé de transposer ce texte en hexamètre dactylique, chose qui doit faire frémir Virgile ; )
Note: pokemos, adjectif dérivé du substantif neutre bien connu, to pokemon.
J'admire le Panthéon de Baptistophon ^^
La suite ! ^^
Comme promis, passage sur "le" blog... Que dire ? De nombreuses choses m'échappent chez les lettres classiques, c'est certain. En tout cas, je crois que le lapin de Pâques sacrifié à coup de Gaffiot était une de vos meilleures trouvailles. Je repasserai.
Inci > il faut te laisser le prestige d'avoir décliné très jeune le neutre "to pokemon" ! Quand je te disais que tu étais très "baptistéenne" ; )
Aleks > quand tu auras arrêté de fumer, je publierai la suite (mais peut-être que je n'attendrai pas aussi longtemps... humm...)
Marion > toi et ta khâmarade de chambrée êtes les bienvenues pour la prochaine séance de gaffiotomisation ; ) et sinon, tu peux toujours commencer le latin et passer en lettres classiques... (là encore, tu es la bienvenue)
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